L’apprentissage par l’expérience à son meilleur : le cas du Programme de stages à l’Assemblée législative de l’Ontario

Article 7 / 15 , Vol 41 No. 4 (Hiver)

De plus en plus, les universités utilisent l’apprentissage par l’expérience comme outil pour renforcer les compétences permettant d’améliorer l’employabilité, de mieux préparer les participants au marché du travail et d’offrir à ces derniers une expérience plus concrète. Quantité de programmes adoptent des stratégies de ce genre et tentent d’intégrer de nouvelles méthodes pédagogiques et d’apprentissage dans leur programme d’études. Bien que la plupart des programmes s’empressent de passer à des modèles d’apprentissage par l’expérience, nous commençons à peine à nous pencher sur la manière de mesurer la réussite de ces efforts; il faut en faire davantage pour évaluer les programmes de cette nature. Dans cet article, l’auteur fait le point sur 25 années d’offres de stages, de travaux pratiques et d’apprentissage par l’expérience. Il se sert du Programme de stages à l’Assemblée législative de l’Ontario (PSALO) comme modèle de pratique exemplaire, et pour susciter des réflexions sur l’amélioration et la durabilité de tels programmes.

Introduction

Au cœur de tout programme de stage devrait se trouver le souhait de fournir aux participants quatre éléments importants :

  • Premièrement, de l’information plus pertinente et complète sur le lieu de travail ou la profession en question afin que les participants puissent prendre des décisions éclairées quant à leur choix de carrière.
  • Deuxièmement, une exposition à une expérience concrète et pratique du travail ou à un apprentissage par l’expérience. Il s’agit pour les participants d’une occasion d’apprendre différemment et de commencer à mettre en pratique ce qu’ils ont appris. Les participants accomplissent des tâches, font une pause, font le point sur leurs expériences, établissent les leçons et les éléments à retenir, puis appliquent ce qu’ils ont appris.
  • Troisièmement, la mise d’un accent réel et officiel sur les résultats d’apprentissage de sorte que les expériences soient axées sur des connaissances et des compétences qui sont pertinentes et polyvalentes. L’acquisition d’une expérience favorise le développement des compétences améliorant l’employabilité qui faciliteront la transition vers le marché du travail.
  • Quatrièmement, des expériences en milieu de travail qui permettent aux participants de se faire des contacts et qui les aident à établir un réseau. Souvent, les participants ont l’occasion d’impressionner des employeurs par leur esprit d’initiative, leurs compétences et leur potentiel. Ce réseau florissant peut ouvrir la voie à d’autres possibilités d’emploi. Après tout, un stage peut être perçu comme une période d’essai où les deux parties apprennent à se connaître.

Bon nombre d’universités s’orientent de plus en plus vers ce type d’apprentissage et de formation dans le cadre d’une course effrénée visant à convaincre les participants et les parents que leur programme est celui qu’il leur faut. Mentionnons à titre d’exemple de franc succès le Programme de stages à l’Assemblée législative de l’Ontario (PSALO). Le présent article soulignera les composants clés de la structure et des processus du PSALO et fera état de quelques réflexions.

Historique du PSALO

Le Programme de stages à l’Assemblée législative de l’Ontario (PSALO), établi en 1975, est administré par l’Association canadienne de science politique et soutenu par une subvention financière de l’Assemblée législative de l’Ontario. Le PSALO est une organisation non partisane qui n’est pas associée au gouvernement de l’Ontario ni à un parti politique.

Le Programme vise à fournir aux simples députés de l’Assemblée législative des auxiliaires hautement qualifiés. En plus d’offrir aux stagiaires une expérience pratique du quotidien de la législature ontarienne, le PSALO leur donne l’occasion d’enrichir leur formation universitaire en prenant part à des discussions théoriques fréquentes et en rédigeant un document sur un sujet de leur choix. En outre, les stagiaires visitent d’autres assemblées législatives pour bien comprendre le processus législatif dans une optique comparative.

Non-partisanerie

Au cœur du PSALO se trouve un engagement de non-partisanerie. Ainsi, les participants peuvent prendre connaissance de nombreuses perspectives et, surtout, travailler à la fois pour un député du parti au pouvoir et un député de l’opposition à l’Assemblée législative. Les stagiaires prennent part aux activités réelles du bureau d’un député provincial en tant que membre du personnel. Habituellement, ces activités consistent à accomplir des tâches relatives à la circonscription et à l’appui des fonctions du député en comité et en Chambre.

Recrutement

Pour attirer les meilleurs candidats, il faut que de l’information sur le Programme soit diffusée à grande échelle. Pour ce faire, une variété de stratégies sont utilisées :

  • Premièrement, on emploie des méthodes traditionnelles comme des affiches d’information et des séances d’information sur les campus universitaires.
  • Deuxièmement, l’envoi de courriels aux programmes de science politique, de politique publique et d’administration publique, ainsi qu’à d’autres programmes pertinents permet de s’assurer que les candidats potentiels connaissent le Programme.
  • Troisièmement, les médias sociaux et la présence d’un site Web efficace jouent un rôle important.
  • Quatrièmement, le bouche-à-oreille est indispensable. La rigueur du processus de sélection permet d’obtenir une cohorte très solide qui se traduit par la qualité constante des participants et assure le maintien de l’excellente réputation du Programme.

Investissement important dans l’orientation et la formation

Dix candidats sont sélectionnés pour ce programme de dix mois. De grands efforts sont déployés pour investir dans leurs connaissances et compétences au cours d’une période d’orientation et de formation de cinq semaines conjuguée à la poursuite d’un programme d’études rigoureux. À cela s’ajoute la possibilité de rencontrer jusqu’à 100 fonctionnaires, politiciens et professionnels de renom. Le Programme est un amalgame de conférences, d’ateliers, d’exercices d’apprentissage par l’expérience, d’exercices de promotion de l’esprit d’équipe et de rencontres avec des membres clés de la législature.

Le concept du Programme fonctionne à l’envers, c’est-à-dire qu’il repose sur les attentes des milieux de travail. Le programme d’orientation s’articule autour de questions simples : « Qu’est-ce que les stagiaires doivent connaître? Quelles compétences doiventils posséder pour être prêts au marché du travail et pour non seulement y survivre, mais s’y épanouir? » En collaborant avec d’anciens participants – des cohortes récentes et plus anciennes – ainsi qu’avec les députés provinciaux euxmêmes, nous pouvons faire en sorte que nos stagiaires soient prêts à entrer dans le feu de l’action dès le premier jour dans un environnement où une personne ne peut se permettre de prendre beaucoup de temps pour apprendre.

Apprendre par la pratique

La meilleure façon de former des leaders consiste à leur permettre d’expérimenter et de s’exercer. Nos stagiaires dirigent le travail du groupe. Ils conviennent de leur programme et déterminent ce qu’ils veulent apprendre et sur quoi ils désirent se concentrer. On s’attend à ce qu’ils planifient et organisent les activités, les rencontres et les voyages d’études. Chaque stagiaire préside un comité qui est axé sur différents aspects de ce programme d’études et rend compte hebdomadairement des progrès réalisés. L’atteinte d’un consensus et la mise sur pied d’un programme, l’élaboration et l’application de plans opérationnels, et la responsabilité à l’égard de leur rendement sont autant d’aspects cruciaux qu’ils auront l’occasion de mettre en pratique pour développer leurs compétences en leadership.

Des partenariats solides

Le succès du PSALO est principalement attribuable à la relation que l’Association canadienne de science politique et l’Assemblée législative de l’Ontario ont établie et resserrée au fil du temps. Par ailleurs, les liens tissés avec les députés provinciaux ont été indispensables au succès du Programme année après année, tout comme ceux qu’entretiennent les anciens participants et les parrains.

Les anciens participants forment un précieux réseau de connaissance et de soutien qui aide les stagiaires à réaliser leur plein potentiel et à favoriser leur exposition aux différentes carrières susceptibles de les intéresser à l’issue du PSALO. Les parrains, les entreprises privées et les associations sont là pour soutenir le Programme financièrement. Plus précisément, ils financent les voyages d’études et les réceptions des stagiaires. De plus, les parrains rencontrent les stagiaires et leur fournissent un précieux éclairage sur leurs enjeux et aspirations, ce qui les aide à mieux comprendre les relations avec le gouvernement et la population. Dans tous les secteurs de la société, on constate de plus en plus que ce genre de partenariats constitue la nouvelle norme. Le PSALO offre aux stagiaires l’occasion de prendre conscience de la valeur des partenariats en tant qu’outil pour saisir les occasions et relever les défis, d’entretenir des partenariats existants ainsi que d’en établir de nouveaux.

Le processus de stage

Les stagiaires ont l’occasion d’interviewer les députés provinciaux et d’exprimer leur préférence à l’égard de leurs deux possibilités de stages. Pour assurer le meilleur jumelage possible, le choix ne se fait qu’après mûre réflexion. Dans certains cas, le choix repose sur la compatibilité entre les deux personnalités; dans d’autres, il est attribuable au travail d’un député en particulier et, parfois, au potentiel d’épanouissement. Par exemple, il se peut qu’un stagiaire qui a grandi et a principalement vécu dans un centre urbain gagne davantage à faire un stage auprès d’un député qui représente une circonscription rurale. En outre, cette situation place les stagiaires – souvent pour la toute première fois – de l’autre côté de la table d’entrevue. En outre, il est très utile de découvrir la perspective de l’intervieweur ainsi que sa manière d’agir. Les stagiaires auront fort probablement des révélations à mesure qu’ils progresseront dans ce processus; il n’est pas rare de voir une opinion préalable au sujet d’un candidat évoluer considérablement en cours d’entrevue.

Des résultats d’apprentissage clairs et bien établis

L’une des meilleures façons de composer avec les décisions difficiles pouvant découler d’intérêts concurrents consiste à maintenir les résultats d’apprentissage au centre du processus. Ces résultats escomptés aident à orienter la décision. Par ailleurs, il est plus facile d’évaluer le rendement lorsque les objectifs d’apprentissage reposent sur des buts et des objectifs clairs. Une évaluation continue, à la fois officielle et informelle, est essentielle au maintien de la réussite.

Comme l’un des grands principes directeurs du PSALO est la transmission des connaissances d’une cohorte à l’autre, deux choses sont garanties. Premièrement, des traditions prennent forme, et des pratiques exemplaires sont transmises d’une année à l’autre. Bon nombre d’aspects du Programme n’ont jamais changé tout simplement parce qu’ils fonctionnent. Deuxièmement, des ajustements et de nouvelles approches émergent également. Puisque chaque cohorte dirige le travail du Programme, elle s’appuie sur les pratiques exemplaires et les traditions établies tout en ajoutant ou en mettant à l’essai de nouveaux éléments qui témoignent des intérêts et des talents de la nouvelle cohorte, ainsi que de l’évolution du contexte (comme les avancées technologiques).

Conclusion

Nous en savons maintenant plus sur l’enseignement et l’apprentissage. En nous penchant sur ce que nous voulons que les participants tirent d’un programme de stages, nous constatons qu’il ne suffit pas de simplement les placer dans un lieu de travail en espérant qu’ils en tireront quelque chose. De nouvelles idées sur l’apprentissage par l’expérience nous aident à comprendre quels éléments clés sont nécessaires pour permettre à tous les participants de vivre une expérience fructueuse. Si nous voulons continuer d’inspirer les jeunes à s’intéresser au gouvernement et à la fonction publique, nous devons trouver des façons d’investir dans leur apprentissage et de leur offrir l’occasion de vivre des expériences concrètes. Le PSALO est un bon exemple de ce genre d’approche et peut servir de modèle en matière de stages.

Cohorte du Programme de stages à l’Assemblée législative de l’Ontario (PSALO)

1980 1981 – John W. Wright – Sondeur, Angus Reid / Ipsos – stagiaire auprès de Sheila Copps (Parti libéral) et de John P. MacBeth (Parti conservateur)

1982 1983 – Timothy John « Tim » Murphy, député provincial – stagiaire auprès de James A. « Jim » Renwick (NPD) et d’Alan Robinson (Parti conservateur)

1983 1984 – Annette M. Boucher – Greffière en chef de la Chambre, Assemblée législative de la Nouvelle Écosse – stagiaire auprès de Don Boudria (Parti libéral) et de Robert c. « Bob » Mitchell

1983 1984 – Cheryl Diane Mitchell – Avocate principale, ministère de la Justice – stagiaire auprès de William M. « Bill » Wrye et de Philip A. « Phil » Gillies (Parti conservateur)

1992 1993 – Jonathan Peter « Jon » Malloy – Professeur à l’Université Carleton – stagiaire auprès de Sharon M. Murdock (NPD) et de Jim Wilson (Parti conservateur)

2011 2012 – Craig Ruttan – Directeur, Politiques, Toronto Region Board of Trade – stagiaire auprès de Mike Colle (Parti libéral) et de John Yakabuski (Parti conservateur)

2012 2013 – Gillian Hanson – Conseillère sur les enjeux, Cabinet du premier ministre du Canada – stagiaire auprès de Helena Jaczek (Parti libéral) et de Steve Clark (Parti conservateur)

2012 2013 – Leanna Katz – Adjointe judiciaire, Cour suprême du Canada – stagiaire auprès de Mike Colle (Parti libéral) et de Christine Elliott

2013 2014 – Mitchell « Mitch » Davidson – Directeur exécutif, Politiques, Cabinet du premier ministre de l’Ontario – stagiaire auprès de Mike Colle (Parti libéral) et d’Ernie Hardeman (Parti conservateur)

2013 2014 – Vanessa Dupuis – Conseillère stratégique et en matière opérationnelle auprès du vérificateur général de l’Ontario – stagiaire auprès de Bas Balkissoon (Parti libéral) et de Laurie Scott (Parti conservateur)

2016 2017 – Rachel Nauta – Adjointe exécutive du Président, Assemblée législative de l’Ontario – stagiaire auprès de Daiene Vernile (Parti libéral) et d’Ernie Hardeman (Parti conservateur)

Peter P. Constantinou