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The Canadian Kingdom: 150 Years of Constitutional Monarchy Sous la direction de D. Michael Jackson

Parce que je suis monarchiste, The Canadian Kingdom est un ouvrage qui m’intéressait de prime abord. Lorsqu’on m’a approché pour que j’en fasse la critique, j’ai su que, pour être crédible, j’allais devoir faire mon travail de rédaction en gardant à l’esprit mes inclinations. Comme le hasard fait bien les choses, le lendemain du jour où on m’a confié ce travail, j’ai reçu une invitation de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Mme Elizabeth Dowdeswell, pour me convier au lancement d’un livre. Je suppose que mon intérêt pour la monarchie est plus connu que ce que je ne le pensais.

Au premier abord, The Canadian Kingdom est le type d’ouvrage qui pourrait figurer dans la liste des lectures obligatoires d’un cours universitaire sur le droit constitutionnel ou les sciences politiques. Si l’ouvrage a certainement toute l’envergure d’une lecture universitaire, il plaira également à quiconque s’intéresse aux éléments fondateurs de la Constitution canadienne et à l’influence exercée par la monarchie sur le pays. Je suis très heureux de ne pas m’être laissé décourager par les dehors académiques des textes, dont la lecture est tout sauf rébarbative. Chaque essai se lit et se comprend bien – ce qui n’est pas toujours le cas des textes érudits – et l’ensemble constitue un tout bien ficelé.

L’ouvrage comporte quatre parties : la Couronne dans l’histoire canadienne; la Couronne et les peuples autochtones; la Couronne et le Canada contemporain; la Couronne et les royaumes. Chaque partie revêt un intérêt propre. Du tout, il se dégage que notre monarchie constitutionnelle unique, qui est le fruit de 150 ans de réflexions, de compromis et de hasards, constitue une œuvre de génie inattendue . Ce concept est d’ailleurs l’idée maîtresse de la troisième partie.

D. Michael Jackson, le directeur de la rédaction, a réuni avec brio les textes de onze personnalités : des universitaires, un ancien lieutenant-gouverneur ainsi qu’un sénateur. Le vénérable John Fraser, directeur de longue date du Collège Massey et président fondateur de l’Institute for the Study of the Crown in Canada, cosigne la préface et signe également le dernier essai.

La première partie, composée de trois essais, est une réflexion intéressante sur l’édification du Canada. Dans le premier essai, Barbara Messamore se penche sur la Confédération. Elle explique que la naissance du Canada n’est pas le fruit d’un événement spontané survenu en 1867, mais plutôt le résultat d’une continuité, de l’évolution graduelle qui caractérise l’histoire constitutionnelle du Canada . Dans le deuxième essai, Carolyn Harris – observatrice et auteure reconnue sur les questions de royauté – s’intéresse cette fois à la confluence entre la monarchie et l’art autochtone dans l’histoire du Canada, de la Reine Anne jusqu’à nos jours. Dans le dernier essai de cette partie, Robert Hawkins s’intéresse à la participation des Canadiens et de la Couronne canadienne à la bataille de la crête de Vimy.

La deuxième partie propose ensuite des réflexions sur le rôle et l’influence de la Couronne par rapport aux peuples autochtones du Canada ainsi que sur les échanges et les liens entre ceux-ci et la Couronne. À titre de Canadien de première génération, ma compréhension des relations entre les Autochtones ainsi que la Couronne et le pays était plutôt mince. J’espérais donc, à la lecture de cette partie de l’ouvrage, approfondir mes connaissances. Ni Steven Point (ancien lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique et chef autochtone élu) ni Nathan Tidridge ne m’ont déçu. Dans son texte, Steven Point livre un point de vue personnel et touchant sur le fait d’être à la fois un homme d’ascendance autochtone et un représentant de la Couronne en Colombie-Britannique. Nathan Tidridge, quant à lui, brosse le tableau de l’évolution des traités et de la digne Couronne .

La troisième partie présente ensuite des essais sur l’influence de la Couronne à l’ère moderne, le rôle de la « Reine du Canada » et la place des lieutenants-gouverneurs. Dans le premier essai intitulé The Crown in Canada : Is There a Canadian Monarchy?, Andrew Heard décrit l’évolution du rôle législatif de la « Reine du Canada » depuis les origines coloniales de la relation .

Le sénateur Serge Joyal poursuit sur le même thème dans son essai The Oath of Allegiance: A New Perspective. Il y décrit l’évolution du serment d’allégeance qui, en 1867, était prêté à la personne de la Reine et qui, dans sa forme moderne, est toujours prêté à la Reine et à la Couronne, mais plutôt à titre de symboles des valeurs et des principes qui constituent les idéaux du Canada .

Christopher McCreery, secrétaire particulier du lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, conclut la troisième partie avec son essai The Vulnerability of Vice-Regal Offices in Canada. Il y défend ma conception personnelle de l’expression « dichotomie paradoxale » et explique les relations entre les lieutenants-gouverneurs et le gouvernement en place, duquel les premiers sont à la fois séparés et dépendants.

Dans la quatrième partie, les auteurs nous invitent à quitter, le temps de trois textes, notre vaste territoire pour nous rendre en Australie et dans d’autres royaumes du Commonwealth pour y explorer la place de la Couronne. Les essais de Peter Boyce et de Sean Palmer sont suivis du tout dernier essai de John Fraser, qui s’intitule Queen of Canada Helps the Queen of the United Kingdom. Dans une narration conviviale à la première personne, John Fraser présente un texte qui, à l’origine, faisait partie d’un discours livré en 2016 à la Charterhouse de Londres. Il y explique comment le Canada – par les leçons tirées par la « Reine du Canada » – offre, à la « Reine du Royaume-Uni », l’exemple crédible et réaliste de la possibilité de cimenter un pays par le symbolisme de la Couronne .

De façon globale, The Canadian Kingdom saura satisfaire tous les lecteurs souhaitant découvrir des visions diversifiées sur la Couronne du Canada. Ma seule réserve importante est la brièveté de la deuxième partie, sur la Couronne et les peuples autochtones. Toutes les parties contiennent trois essais, à l’exception de la deuxième, qui n’en contient que deux. Il aurait été bienheureux d’avoir le point de vue d’un troisième auteur, par exemple l’ancien lieutenant-gouverneur de l’Ontario, James Bartleman.

The Canadian Kingdom est dirigé par D. Michael Jackson, ancien chef du protocole du gouvernement de la Saskatchewan et président de l’Institute for the Study of the Crown in Canada du Collège Massey, le parrain de la collection.

Jonathan Brickwood

Direction des services de la procédure, Assemblée législative de l’Ontario