Pourquoi les jeunes ne votent-ils pas

Pourquoi les jeunes ne votent-ils pas

Depuis les années 1970, les chercheurs estiment que la participation électorale des jeunes est inférieure de 20 % à celle des jeunes du bébé-boum nés entre 1945 et 1950. Les enfants d’aujourd’hui n’acquièrent pas les mêmes habitudes que celles de leurs parents. Ils ne participent pas à la vie civique lorsqu’ils atteignent l’âge légal pour voter et ils ne votent guère plus lorsqu’ils avancent en âge. Le présent article porte sur un projet de stagiaires législatifs de la Colombie-Britannique qui s’attaque du problème de la participation électorale chez les jeunes.

Les jeunes ne votent pas. Ce n’est pas une affirmation injuste ni une vérité absolue, mais il reste que c’est la réalité, si l’on compare nos jeunes à ceux des générations précédentes dans l’ensemble des démocraties occidentales. Non seulement les jeunes ne votent pas, mais encore les chercheurs ont constaté que, dans bien des cas, ils ne font pas de bénévolat et ne participent pas à des activités parascolaires. Or, les jeunes d’aujourd’hui finissent leurs études secondaires et font ensuite des études postsecondaires, fondent des familles et prennent part à la vie en société. Cependant, ils ne semblent tout simplement pas voter ou s’engager.

Quand on examine la recherche faite récemment, on constate que très peu de gens, quel que soit leur groupe d’âge, vont voter. Depuis vingt ans, la participation électorale au Canada ne cesse de diminuer. Au niveau fédéral, elle a été de 75 % en 1984, contre 61 % en 2000 et 59 % en 2008. Au tout dernier scrutin provincial tenu en Colombie-Britannique, 53 % des électeurs sont allés voter. Rappelons-nous toutefois qu’il s’agit du pourcentage d’électeurs inscrits, de sorte que le nombre de gens qui ne vont pas voter ou qui ne participent pas à la vie politique est encore plus élevé.

Ce n’est pas que les jeunes ne sont pas touchés par ce que font les politiciens. Ils paient leur loyer, obtiennent des emplois et paient leurs frais de scolarité. Pourquoi donc ne font-ils pas de lien entre leurs besoins et leur responsabilité de voter?

Les chercheurs ont cerné les raisons pour lesquelles les jeunes ne s’impliquent pas. Mentionnons notamment l’étape où ils en sont dans leur vie, leur mobilité, leur célibat, leurs moins grandes connaissances politiques, le fait qu’ils deviennent politiquement adultes dans une atmosphère marquée par l’absence de compétitivité politique, le déclin du devoir civique, une préférence pour la participation politique non électorale et un changement des valeurs lié au déclin du respect. Comme l’a souligné Richard Niemi, « les idées politiques — à l’instar de la consommation de tabac et de boissons très alcoolisées—ne naissent pas soudainement au moment où les jeunes atteignent l’âge de 18 ans »1.

De plus, il semble que les jeunes n’ont pas la motivation, les occasions ni la capacité voulues pour s’engager. Ainsi que l’a souligné Elizabeth Smith, les jeunes Américains ne cultivent pas « l’habitude du travail d’équipe2 » qui, selon Tocqueville, se trouve au cœur même de la démocratie. Bien au contraire, il est de moins en moins probable qu’ils participeront à la vie politique. La confiance sociale est en train de s’effriter, ce qui, si l’on ajoute à cela la faiblesse de l’engagement et de la participation, menace les fondements mêmes de la société démocratique. Il en résulte que la population se retrouve avec un gouvernement contrôlé par de moins en moins de gens. Cela n’est pas démocratique.

La recherche sur les tendances en matière d’élections et d’engagement montre que la participation électorale découle d’habitudes déjà prises. Une fois que le lien a été fait et que les connaissances nécessaires pour prendre des décisions ont été acquises, il est possible de continuer de voter et de maintenir son engagement. Cela est vrai tant pour les adultes que pour les jeunes. La socialisation, le comportement et le développement contribuent tous à la relation qui s’établit entre le milieu dans lequel les jeunes vivent et leur responsabilité de voter.

Comme Michael Delli Carpini l’a souligné dans un article sur l’engagement des jeunes, ceux-ci font moins confiance à la classe politique, s’intéressent moins à la politique et s’y connaissent moins en la matière; de plus, ils sont moins susceptibles de lire les nouvelles, de s’inscrire pour voter, de faire plus que voter, de participer à des associations civiques et de se lier à d’autres pour résoudre des problèmes ensemble. Les jeunes d’aujourd’hui sont globalement moins engagés que ne l’étaient ceux d’il y a 30 ans3.

Cela étant dit, rien ne prouve que les jeunes ne se préoccupent pas. Il ressort de la recherche effectuée sur des élèves du secondaire de l’Ontario que près de 80 % des adolescents ont exprimé une opinion claire quant à leur engagement et à leur comportement comme futurs électeurs4. Cependant, Élections Canada estime que la participation électorale des jeunes (ceux qui ont entre 18 et 24 ans) est d’environ 40 %, ce qui représente un recul par rapport aux 70 % des années 1970. La question reste donc entière : qu’est-ce qui a causé ce déclin?

Certains chercheurs ont émis l’hypothèse selon laquelle les jeunes Nord-Américains d’aujourd’hui ne s’engagent pas autant que leurs prédécesseurs parce qu’ils n’ont pas livré les mêmes luttes pour la démocratie. D’autres font valoir que l’engagement est une notion qui s’apprend et qui s’acquiert par l’éducation. Autrement dit, les habitudes de vote changent lorsqu’on apprend aux enfants et aux adolescents qu’il est important de voter; dès les premiers stades de leur développement, ils acquièrent ainsi les habitudes qui feront d’eux des participants à la vie civique durant toute leur existence.

Projet des stagiaires législatifs de la Colombie-Britannique

Les stagiaires législatifs de la Colombie-Britannique de 2009 ont institué une journée consacrée à l’éducation des élèves, afin d’accroître le niveau de connaissances et de sensibilisation des jeunes au sujet du gouvernement et de favoriser les habitudes susceptibles d’accroître la participation électorale. Théoriquement, les élèves devraient participer à cette activité avant d’avoir l’âge de voter, durant leur stade de développement. Ils auraient ainsi le temps de réfléchir à ce que représentent le droit de vote et la politique. Ils s’engageraient ensuite davantage dans leur communauté et auraient une influence déterminante lors d’élections à venir.

Le programme n’a pas été conçu pour servir de catalyseur unique du changement. Il sera plutôt un élément constitutif d’un programme d’apprentissage plus large de l’engagement qui doit commencer dès l’âge scolaire. Les participants au programme étant des élèves de la 10e à la 12e années, tous en étaient à différents stades de développement de leur capacité de réflexion. La présentation des stagiaires s’inscrivait donc dans le cadre plus global de la sensibilisation civique.

Les stagiaires ont invité un groupe d’élèves de l’école secondaire Mount Douglas, à Victoria, en Colombie-Britannique, à l’Assemblée législative de la province. La journée a commencé par un jeu-questionnaire visant à déterminer le degré d’intérêt des élèves pour la politique, les enjeux qu’ils considéraient comme importants et ce qu’était, selon eux, le rôle de l’Assemblée législative. Ce jeu a été suivi d’un exposé par E. George MacMinn, greffier de l’Assemblée législative, qui leur a parlé de l’histoire de la tradition parlementaire ainsi que du rôle de l’Assemblée législative et des députés provinciaux de la Colombie-Britannique. Les stagiaires ont ensuite présenté un exposé approfondi sur les questions et les politiques intéressant la province.

Après une visite des édifices législatifs, les élèves ont été formés en groupes pour participer à des discussions comme celles que l’on peut avoir dans un café. Chaque groupe se composait de deux stagiaires, un animateur et un rapporteur. L’objet de ces discussions était d’inciter les élèves à débattre de questions sur lesquelles ils ont des connaissances de base et une opinion. Pour qu’ils disposent d’assez d’informations afin de pouvoir mieux participer aux échanges, on leur a donné un aperçu des principaux enjeux durant la présentation des stagiaires, et les sujets ont été choisis parmi ceux qui retenaient le plus l’attention dans la province, comme on l’avait vu lors des plus récentes élections provinciales ou dans les reportages.

Les élèves ont eu l’occasion de discuter des problèmes auxquels sont confrontés le quartier Downtown East Side de Vancouver (itinérance, toxicomanies, logement) et l’environnement (taxe carbone et changements climatiques). L’environnement et l’itinérance sont des thèmes qui ont été abordés durant les élections, mais ce sont aussi des sujets auxquels ont été exposés les stagiaires pendant leur stage. Les discussions ont donc été une expérience enrichissante tant pour les stagiaires que pour les élèves. De plus, les stagiaires étaient à la disposition des élèves pour leur fournir des renseignements supplémentaires et les aider à participer pleinement aux discussions.

On dit que savoir, c’est pouvoir. Par conséquent, nous, les stagiaires, avons cru que, si nous donnions la connaissance aux élèves, ceux-ci sauraient quoi faire avec le pouvoir qu’elle confère. Il est impossible de mesurer l’effet que nous avons eu sur ces jeunes. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la réponse aux sondages tenus à la fin de la journée et les réactions supplémentaires des enseignants qui ont parrainé les élèves ont été très favorables et attestaient que tous avaient bien compris les sujets abordés.

Afin de mesurer le succès de l’activité, les stagiaires ont réalisé des sondages au début et à la fin de la journée. Dans les sondages du début de la journée, 2 élèves ont dit qu’ils suivaient beaucoup l’actualité politique, 13 ont dit qu’ils la suivaient un peu et 3 ont dit qu’ils ne la suivaient pas du tout. À la fin de la journée, 12 ont dit qu’ils y porteraient une plus grande attention à l’avenir, 4 ont dit qu’ils pourraient y porter attention et 2 ont dit qu’ils ne changeraient rien. Les 3 élèves qui ont dit au début de la journée qu’ils ne suivaient pas l’actualité politique ont déclaré qu’ils en avaient appris beaucoup plus et qu’ils avaient une meilleure compréhension de la politique.

En Colombie-Britannique, nous sommes à la croisée des chemins. Il est clair que les électeurs ne veulent pas de la réforme électorale proposée, car ils ont voté massivement contre la proposition de mode de scrutin à vote unique transférable de la Colombie-Britannique (VUT-CB) lors du deuxième référendum. Mais la question reste entière : que veulent-ils? Les électeurs sont-ils satisfaits de la situation actuelle au point de croire qu’il ne vaut pas la peine d’aller voter? Le statu quo constitue-t-il la meilleure solution? Est-ce si difficile d’aller voter? Quelle est la cause de ce déclin? Qui a un rôle à jouer?

Comme stagiaires, tous les jours, à la fin de la journée, nous avions une liste inépuisable de questions au sujet du vote et de la réforme électorale. Nous avons sans cesse débattu des avantages d’un changement de système plutôt que d’une modification du comportement des électeurs. Toutefois, nous faisons partie d’un petit groupe de gens qui participent au fonctionnement d’un gouvernement démocratique. La question suivante se pose donc : comment inciter les autres à participer?

L’engagement et la participation civiques viennent de la connaissance. Ils viennent des habitudes que l’on acquiert et des idées que l’on se forge, de la défense de ces idées et de l’interaction avec les autres. Ils viennent de l’accès à l’information et de son assimilation. Afin de contribuer au processus global d’apprentissage d’un groupe d’élèves de l’école secondaire Mount Douglas, les stagiaires de la Colombie-Britannique de 2009 se sont employés à diffuser les enseignements mêmes sans lesquels il n’y a ni engagement ni participation civiques. Collectivement, nous convenons que l’activité a été couronnée de succès. Même si tout ce que nous avons fait a été de sensibiliser 18 élèves à l’importance de l’engagement, il s’agit de 18 de plus qu’auparavant.

Notes

1. Richard Niemi, dans Cameron Anderson et Elizabeth Goodyear-Grant, « Youth Turnout: Adolescents’ Attitudes in Ontario », Revue canadienne de science politique, vol. 41, no 3 (septembre 2008), p. 697-718.

2. Elizabeth Smith, « The Effects of Investments in the Social Capital of Youth on Political and Civic Behaviour in Young Adulthood: A Longitudinal Analysis », Political Psychology, vol. 20, no 3 (septembre 1999), p. 553-580.

3. Michael X. Delli Carpini, « Gen.com: Youth, Civic Engagement, and the New Information Environment », Political Communication, vol. 17, no 4 (janvier 2000), p. 341-349.

4. Cameron Anderson et Elizabeth Goodyear-Grant, op. cit.