La politique au féminin : Réflexions d’une première ministre

Vol 36 No 3La politique au féminin : Réflexions d’une première ministre

L’auteure examine les facteurs, dont l’influence familiale et les modèles offerts aux jeunes filles, qui influent sur le nombre de femmes politiciennes. Elle relate aussi le parcours personnel qui a mené à son élection.

Je crois que nous avons le devoir collectif, comme parlementaires et comme Canadiens, de renforcer nos institutions démocratiques. C’était mon objectif lorsque, avant d’entrer au gouvernement, je travaillais dans des pays nouvellement démocratiques, et c’est encore mon objectif ici, dans un pays où la démocratie est souvent tenue pour acquise.

La démocratie peut nous stupéfier par sa vigueur, surtout lorsqu’elle éclate dans des pays longtemps placés sous le joug de l’autoritarisme. Mais tout aussi souvent, elle peut nous décevoir lorsqu’elle dépérit dans un terreau qu’on présumait fertile.

Même au Canada, pays depuis longtemps doté d’un système de gouvernement responsable, nous devons tous collaborer au renforcement de nos traditions et institutions démocratiques. Et la meilleure façon de s’y prendre consiste à encourager la participation politique. Les gouvernements sont le plus efficaces lorsqu’ils reflètent la société, c’est-à-dire lorsque le pouvoir est accessible à tous les segments de la population.

Malheureusement, trop de personnes sont encore exclues des structures décisionnelles, et ce, alors qu’elles sont des « leaders » dans leur famille ou leur communauté. Cette situation doit changer, particulièrement en ce qui concerne les femmes, dont les perspectives uniques enrichissent les débats publics.

Mon parcours

Lorsque j’ai décidé de briguer la direction de notre parti, on n’a pas pris de temps à me demander si le fait que je suis une femme aurait un impact sur la course. J’ai répondu que non : les électeurs considéreraient l’ensemble des candidats, et décideraient quel parti représente le mieux l’avenir de notre province. Et je crois fermement que c’est ce qui s’est passé.

Une fois devenue première ministre, j’ai été surprise de voir que beaucoup de jeunes filles me regardaient différemment. Évidemment, beaucoup de gens me regardaient différemment, mais j’ai été frappée par le nombre de jeunes filles qui venaient pour me voir – quand je dis jeune, je parle de filles de 5e, 6e année. Et ça m’a frappé parce que c’est le même âge que ma fille.

J’ai senti qu’il y avait comme un manque – ces jeunes filles intelligentes, qui s’interrogeaient sur leurs plans d’avenir, leurs intérêts et leurs possibilités, étaient contentes de venir entendre une femme qui avait du succès sur la scène politique.

Mon opinion sur cette question a donc un peu changé depuis que je suis première ministre : maintenant, je considère que nous avons comme grande responsabilité d’encourager les jeunes filles et les jeunes femmes à participer à la vie publique. Et je pense aussi qu’il y a plusieurs façons de le faire.

Quand j’étais petite, il n’y avait pas autant de femmes politiciennes qu’aujourd’hui. Mais j’avais l’exemple de ma mère et de ma grand-mère. Ni l’une ni l’autre n’étaient politiciennes, mais elles étaient actives dans leur communauté, leur église et leur famille, et elles mettaient en pratique les vertus de compassion et de service. C’est qu’elles avaient compris qu’il était dans leur intérêt d’influer sur la société dans laquelle je grandissais. Elles m’ont légué cet intérêt, et il m’a semblé naturel d’en tirer quelque chose; c’est de là que vient mon engagement en faveur de la compassion, du respect, de l’honnêteté et de l’intégrité – même s’il n’est pas toujours facile d’être fidèle à soi-même.

Je suis devenue active dans le monde de la politique, et j’ai eu la chance de décrocher un poste à Ottawa. J’ai travaillé pour des campagnes électorales, et même pour le gouvernement, ce qui est un privilège. Chaque fois, c’était un pas de plus sur mon parcours, mais celui-ci a eu des hauts et des bas; nous faisons tous parfois des erreurs. En effet, malgré ce qu’on peut imaginer quand on lit le c.v. ou la biographie de quelqu’un, la vie se déroule rarement selon un plan clair et délibéré. Oui, j’ai connu des périodes difficiles, où j’étais jeune et ambitieuse mais un peu hors norme.

Mais ces épreuves m’ont déterminée encore plus fermement à faire ce qu’on m’avait appris, c’est-à-dire travailler dans la communauté, contribuer aux enjeux politiques et trouver des façons de soutenir les initiatives susceptibles d’améliorer la qualité de vie de mes concitoyens.

Des jeunes filles me demandent parfois : « Quand avez-vous décidé de devenir première ministre? Que chemin avez-vous pris? Quel plan avez-vous suivi? ». Je leur réponds toujours la même chose : « Suivez votre passion. Trouvez votre espace. Un espace pour la réflexion, pour l’apprentissage; soyez vous-mêmes, et tenez bon à vos convictions. » Je crois que c’est ainsi qu’on peut inspirer, comme leaders.

Aujourd’hui, plus de femmes que jamais assument des fonctions de plus en plus élevées dans la sphère politique. Ainsi, 30 % des députés de mon parti sont des femmes, et beaucoup font partie du Cabinet. Et Fort McMurray, cette ville emblématique de l’Alberta et des sables bitumineux, qui évoque des images de machinerie lourde, eh bien, elle est dirigée par une mairesse : Melissa Blake, une petite femme délicate mais qui a bien du caractère. Beaucoup de femmes sont aujourd’hui conseillères municipales, préfètes et mairesses, et elles construisent l’Alberta de demain. Je suis certaine que la société deviendra de plus en plus accueillante pour les femmes ambitieuses et intelligentes. L’un de mes objectifs comme première ministre est de favoriser cette évolution, pour que ma fille Sarah et toutes les autres petites filles qui ont de grands rêves puissent un jour les réaliser.

Conclusion

Je veux que tous les Albertains et Albertaines voient et comprennent le travail de leurs élus, et aient envie d’y contribuer dès un jeune âge. Plus le gouvernement inspire la population, et particulièrement les femmes qui assument un si grand rôle dans leur ville, leur province et leur plus, plus les citoyens seront nombreux à s’engager dans le processus politique.

L’engagement communautaire à tous les niveaux est donc des plus importants, et il se transmet d’une génération à l’autre, si nous en donnons l’exemple. Car chaque génération a le même souhait : assurer à ses enfants encore plus de succès, encore plus de bonheur qu’elle-même a pu en avoir. C’est ce que je veux pour ma fille, et c’est ce que ma mère voulait pour moi. C’est pourquoi ma famille a immigré au Canada.

Ma mère n’était pas celle qui parlait le plus fort, et elle ne cherchait pas à attirer l’attention. Mais elle m’a appris tout l’impact qu’on peut avoir lorsqu’on travaille avec énergie et dévouement.

Chaque fois qu’une petite fille voit une femme qui joue un rôle positif dans la société – que ce soit en faisant du bénévolat une fois par mois, et se présentant à une élection ou en retournant aux études pour décrocher un diplôme d’ingénieure – elle voit un modèle qui l’inspirera à faire de même.

Or, il ne faut pas tenir ce processus pour acquis. La victoire semble toujours inévitable avec le recul, mais elle est impossible sans détermination et persévérance.

Les femmes qui ont réalisé des progrès dans les divers domaines du travail l’ont fait pour nous, mais à moins de poursuivre la lutte ensemble, la victoire nous échappera.

Nellie McClung

Chaque fois que m’attend une nouvelle semaine chargée de travail, je fais la promesse suivante à ma fille : toutes les femmes, toutes les jeunes filles du Canada pourront bâtir sur les acquis de leurs mères. Toutes doivent croire qu’elles peuvent devenir premières ministres, et qu’il leur revient de décider de leur avenir. Notre pays – sa beauté, ses richesses et les libertés démocratiques qu’on y a emportées de haute lutte – leur appartient aujourd’hui et à jamais.

Qu’on soit homme ou femme, le rôle de député est ardu. Pour les femmes, il peut être difficile de trouver le bon équilibre de vie et de tirer son épingle du jeu dans un milieu où il faut jouer du coude. Le mentorat, l’amitié et l’encouragement sont donc toujours les bienvenus. Et c’est exactement ce qu’offrent les Femmes parlementaires du Commonwealth. Cette organisation est donc un atout pour nos parlements et pour tout le pays.

Oui, nous devons avoir de ces espaces publics où discuter, en tant que femmes et Canadiennes, des moyens d’améliorer notre représentation et notre participation aux processus décisionnels.