Sur les rayons Vol 37 No 1

Sur les rayons

Imperfect Democracies: The Democratic Deficit in Canada and the United States, par Patti Tamara Lenard et Richard Simeon, Presses de l’Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, 2013, 360 p.

La réforme du Sénat, une garantie que les députés d’arrière-ban aient voix au chapitre, des solutions de rechange au système uninominal majoritaire à un tour et la réforme du financement des élections sont tous des enjeux débattus par les Canadiens depuis la naissance de notre pays. De la même manière, les pouvoirs de l’exécutif, le « Congrès qui ne fait rien », le financement des campagnes et les super comités d’action politique (Super PACs), ainsi que la réforme du système judiciaire sont autant d’enjeux qui ont préoccupé les décideurs aux ÉtatsUnis. Des deux côtés de la frontière, ces réformes font l’objet de débats en fonction de leur capacité, ou non, à contribuer à l’édification d’une société plus démocratique.

Dans Imperfect Democracies, les divers auteurs explorent les nombreux aspects de ce que l’on entend par « déficit démocratique », tant au Canada qu’aux ÉtatsUnis. En puisant dans un vaste corpus de documentation scientifique récente, ces universitaires se penchent sur une multitude de thèmes, dont les attentes des citoyens, la réforme électorale, le financement des campagnes, l’équilibre des pouvoirs, et on propose même dans cet ouvrage un exposé sur le système de procès devant jury. Les 19 coauteurs en arrivent à la conclusion qu’au sein de notre démocratie faillible, il y a un « déficit démocratique » ou, autrement dit, une rupture entre les attentes des citoyens et la performance réelle de leurs institutions démocratiques. Cet ouvrage n’est pas conçu pour fournir une réponse à une question historique de longue date sur l’état de la démocratie au Canada et aux ÉtatsUnis, mais plutôt pour réorienter le débat afin de « guider les futurs travaux de recherche sur la nature de l’insatisfaction vis-à-vis de la démocratie » [traduction] (p. 327). Il n’a pas non plus pour objectif de poser un jugement de valeur sur les mérites relatifs des démocraties canadienne et américaine. Même s’il y a perception de déficit démocratique au sein des deux démocraties, aucune n’est jugée supérieure à l’autre. Par ailleurs, les citoyens des deux côtés de la frontière ne procèdent pas de la même manière pour dénoncer ce déficit. On peut donc dire que le déficit démocratique découle d’un sentiment de scepticisme plus généralisé à l’égard des institutions chez les citoyens de la plupart des démocraties occidentales (sentiment qui a émergé il y a une quarantaine d’années), ainsi que des différences historiques qui ont façonné et défini les institutions démocratiques de chaque nation (et par conséquent, les attentes des citoyens de chaque nation à leur égard).

Cet ouvrage est conseillé aux étudiants en science politique (en fin de premier cycle et aux cycles supérieurs), aux universitaires, aux décideurs et aux politiciens, de même qu’à quiconque s’intéresse à la différence entre ce que les citoyens attendent de leurs institutions démocratiques et ce que ces institutions font réellement pour eux. Les auteurs de ce recueil ont fait un excellent travail pour inscrire ces enjeux dans un contexte international (l’Union Européenne en particulier), et pour les placer en contexte historique. Par exemple, dans son chapitre sur la réforme électorale au Canada, John C. Courtney décrit cinq grandes réformes électorales qui ont eu lieu depuis la fédération, dont l’octroi du droit de vote aux femmes durant la Première Guerre mondiale et la création du poste de directeur général des élections en 1920 (p. 112 et 113). Ainsi, les lecteurs œuvrant dans une multitude de domaines trouveront leur compte dans ce texte. En plus d’encadrer le débat, certains auteurs ont choisi de proposer des solutions au déficit démocratique. Par exemple, David Docherty souscrit à l’idée de réformer le système des comités, car selon lui, ces comités offrent une tribune légèrement moins partisane pour les débats et, du coup, renforcent à la fois la démocratie et la légitimité du processus parlementaire (p. 199). Ainsi, ce recueil va non seulement éclairer la réflexion des étudiants, des universitaires et des décideurs, mais il provoquera aussi un débat intellectuel plus que nécessaire sur des enjeux typiquement saturés d’hyperboles.

Cet ouvrage ne peut certes fournir toutes les réponses à ces enjeux complexes, et il ne tente pas de le faire non plus. Les auteurs ne peuvent déterminer avec précision la nature et l’ampleur du déficit démocratique. La plupart des données qu’ils ont utilisées pour évaluer le déficit démocratique proviennent de nombreux sondages réalisés auprès des citoyens que les auteurs eux-mêmes reconnaissent comme étant problématiques. Mais même les données recueillies laissent de nombreuses questions en suspens. Par exemple, lorsque les citoyens perçoivent un déficit démocratique, est-ce parce que les institutions ne sont pas en mesure de servir leurs intérêts? Ou encore, est-ce en raison des divers acteurs qui forment ces institutions? Le déficit démocratique est-il causé par la diminution du rendement des institutions, ou bien par l’augmentation des attentes chez les citoyens? Ce ne sont pas des enjeux faciles à résoudre, mais Imperfect Democracies peut servir de tremplin.

Tom Hooper
Université York, doctorant en histoire