Activités de l’APC : La scène canadienne Vol 37 No 3

Activités de l’APC : La scène canadienne

Plus de 120 délégués et accompagnateurs ont profité du doux climat du Nouveau-Brunswick et de l’hospitalité légendaire de la côte Est à l’occasion de la tenue de la 52e Conférence régionale canadienne de l’Association parlementaire du Commonwealth, qui s’est tenue à Fredericton du 20 au 26 juillet.

Réunion de Femmes parlementaires du Commonwealth (FPC)

Avant l’ouverture de la Conférence régionale, les membres et les délégués du comité directeur de FPC se sont réunis pendant deux jours, les 20 et 21 juillet, dans la salle du Conseil législatif de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick pour participer à des réunions de travail et entendre des conférenciers. La présidente de la Région canadienne de FPC, Myrna Driedger, a ouvert la réunion de travail en informant l’assemblée qu’elle présiderait la réunion à la fois avec joie et tristesse – la joie d’avoir assisté ou pris part aux nombreuses réalisations du réseau de FPC, tel qu’il est devenu, et la tristesse de savoir que cette conférence est la dernière à laquelle elle participera en qualité de présidente. Linda Reid, Présidente de l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique, remplacera Mme Driedger, et Laura Ross, députée provinciale de la Saskatchewan, a été élue vice-présidente.

L’assemblée a ensuite accueilli le président de l’APC, Alan Haselhurst, et la présidente du réseau international de FPC, Rebecca Kadaga, qui ont fait quelques observations préliminaires. M. Haselhurst, qui termine lui aussi son mandat cette année, a déclaré qu’à son élection, il y a trois ans, il espérait laisser FPC plus fort qu’il ne l’était à son arrivée, ce qui est le cas. Il a également souligné la vigueur particulière des réseaux de FPC en Afrique et au Canada. À leur sujet, M. Haselhurst a suggéré qu’ils peuvent servir à montrer ce que peuvent accomplir des organisations et des sections régionales actives de l’APC. Mme Kadaga a décrit en détail l’horaire de voyage chargé avec lequel elle a jonglé afin d’assister au plus grand nombre possible de réunions régionales de FPC. Tout en soulignant les réussites de certains pays où les femmes parlementaires font des pas de géants vers l’égalité et la pleine participation, elle a rappelé aux délégués que les sections régionales actives, comme celle du Canada, ont encore beaucoup de travail à accomplir.

Le comité directeur de FPC a convenu qu’il s’efforcerait de diminuer ses communications par courriel au profit de la communication et du rayonnement en personne, d’organiser des réunions dans chaque province et d’accroître la distribution d’articles promotionnels. En outre, le comité directeur s’est doté d’un mandat et a parlé des futures candidates pour sa série de conférences « Femmes sources d’inspiration ».

Elizabeth Weir, ancienne députée provinciale du Nouveau Brunswick et chef provinciale du NPD, était cette année l’invitée de Femmes sources d’inspiration. Mme Weir, qui a occupé le poste de présidente-directrice générale de l’Agence de l’efficacité et de la conservation énergétiques du Nouveau-Brunswick et est devenue une consultante de réputation internationale en matière de soutien aux parlements depuis qu’elle a quitté l’Assemblée législative de sa province, a parlé des nombreux défis que pose pour les politiciennes un environnement médiatique de plus en plus malsain. Au vu de ce climat négatif et de l’intensité des pressions qui sont le lot du travail des parlementaires (comme le fait d’être constamment à la merci de son BlackBerry), il est difficile de convaincre les femmes de se lancer dans l’arène publique.

Anne Bertrand, commissaire à l’accès à l’information et à la protection de la vie privée du Nouveau-Brunswick, a parlé quant à elle de sa fierté d’être nommée à son poste en fonction du mérite et non du sexe, ajoutant au passage « qu’elle n’a pas eu le loisir d’être une femme » lorsqu’elle a été projetée dans le rôle de commissaire. Néanmoins, en présentant six jeunes femmes qui ont collaboré avec elle, Mme Bertrand s’est dite fière de se tenir devant l’assemblée en tant que femme. Elle a souligné les avantages de l’approche collaborative que son bureau s’efforce d’employer pour résoudre les conflits. Au cours de la période de questions et réponses, Mme Bertrand a indiqué que, après 30 ans de carrière à la fonction publique, certains des enjeux propres aux femmes existent toujours. Précisant que les problèmes actuels sont souvent présentés en des termes mesurés, elle a ajouté que le langage politiquement correct dissimule souvent le climat insidieux qui subsiste.

Ensuite, les délégués de FPC sont partis visiter le Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, où ils ont écouté l’allocution de Nancy Nason-Clark, qui en est la directrice intérimaire. Au cours de ses recherches, elle a exploré en quoi la foi religieuse influence le cheminement des survivantes vers la guérison et les défis des chefs religieux qui sont appelés à intervenir dans des familles aux prises avec la violence familiale. Toujours dans le cadre de ses travaux, Mme Nason Clark a étudié de quelle façon la société laïque et les groupes religieux collaborent pour mettre fin à la violence conjugale et aux autres formes de violence familiale.

De retour à la Chambre, Susanne Alexander, éditrice de la maison Goose Lane Editions, a expliqué comment, dans la nouvelle carrière qu’elle a amorcée après son passage au gouvernement, elle a contribué à transformer une minuscule maison d’impression locale de poésie, exploitée en grande partie par des bénévoles, en une maison d’édition ayant su se tailler une place sur la scène régionale et nationale.

Séances de travail de la Région canadienne de l’APC

Les organisateurs de la Conférence ont présenté un programme diversifié, composé de huit séances portant sur une variété de questions dont sont saisis les parlements canadiens, de même que sur des situations dans lesquelles les parlementaires sont susceptibles de se trouver à titre de représentants du peuple.

Wade Verge, député et vice-président de la Chambre d’assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador, a raconté une histoire personnelle sur les défis, pour un député d’arrière ban, de décider s’il défendra une décision du gouvernement impopulaire parmi l’électorat ou s’il se dissociera de ses collègues. Au cours de la discussion qui a suivi, les participants ont parlé du pouvoir de la direction d’un parti dans le système canadien et des initiatives contemporaines de réforme visant à revaloriser l’indépendance des parlementaires.

Le président du Québec, Jacques Chagnon, a décrit en détail le débat sur la loi concernant les soins de fin de vie qui a fait rage au Québec. Son allocution s’inscrivait dans le cadre d’un plaidoyer sur la nécessité, pour les assemblées législatives, de débattre des enjeux sociaux. M. Chagnon a soutenu que les parlements sont des tribunes exceptionnelles pour étudier en profondeur et avec calme les enjeux sociaux. Qui plus est, il a suggéré que de tels débats redorent l’image du Parlement qui, trop souvent, est perçu comme une tribune pour le débat partisan. L’une des avenues possibles pour faciliter la tenue de ce type de discussions serait de former un comité qui se consacrerait exclusivement aux grands enjeux sociaux, comme il en existe en France et en Finlande.

Leonard Lee-White, sous-ministre adjoint au ministère des Finances du Nouveau Brunswick, a parlé des leçons tirées des réformes du régime de retraite de la fonction publique de sa province. Faisant observer que la population du Nouveau Brunswick était à la fois vieillissante et en déclin – une situation qui pèse sur le régime – M. Lee-White a expliqué en détail comment la province avait fixé son choix sur un régime à risque partagé. Cette solution se veut une alternative aux régimes de retraite à prestations déterminées et à cotisation déterminée, plus traditionnels.

Elaine Taylor, vice-première ministre du Yukon, et le brigadier-général Greg Loos, commandant de la Force opérationnelle interarmées (Nord), ont coanimé une séance d’information sur l’Assistance aux autorités civiles du ministère de la Défense nationale. Décrivant la réussite de l’Opération NANOOK, qui se déroule chaque année dans les trois territoires du Nord, Mme Taylor a relaté l’expérience de son gouvernement lors de l’opération de 2013, au cours de laquelle a eu lieu une simulation d’incendie de forêt menaçant les limites de la ville de Whitehorse. En plus de promouvoir l’intérêt des citoyens envers la préparation en cas de catastrophe, l’échelle de l’opération a stimulé l’économie des territoires.

La Présidente Reid a parlé du succès du Programme de visites de la Présidente dans les écoles de son assemblée législative. Elle a également expliqué quels niveaux scolaires et groupes d’âge se sont montrés les plus réceptifs au programme. Lors des discussions qui ont suivi la présentation, d’autres délégués ont raconté comment certains enfants, qui affichaient auparavant une attitude réservée en classe, sont sortis de leur cocon après avoir été choisis pour tenir des rôles clés dans des simulations d’activités parlementaires.

L’exposé du Président du Sénat, Noël Kinsella, qui a parlé de la signification du renvoi récent de la Cour suprême du Canada en vue d’une possible réforme du Sénat, a causé bien des remous parmi les délégués de tous les horizons politiques et de toutes les régions. Le Président du Sénat a pris note de l’intérêt des provinces et des territoires envers un Sénat solide et fonctionnel. Il a suggéré que les Présidents provinciaux et territoriaux facilitent le dialogue entre les sénateurs et leurs législateurs respectifs au sujet des réformes qui serviraient au mieux les intérêts des provinces et des territoires concernés.

Le Président de l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse, Kevin Murphy, a relaté une anecdote très personnelle sur une blessure invalidante datant de sa jeunesse, survenue pendant une partie de hockey. Racontant les problèmes d’accessibilité auxquels il s’est heurté à l’école et, par la suite, au cours de sa vie professionnelle et politique, M. Murphy a souligné qu’il s’était rapidement rendu compte de l’importance d’apprendre très tôt à faire valoir ses propres intérêts. Néanmoins, il a catégoriquement affirmé que « le monde est accessible aux personnes handicapées. C’est ce qu’elles sont avant tout : des personnes. »

La Conférence s’est conclue par une table ronde sur les récentes inondations survenues dans les Prairies, table ronde à laquelle ont participé le Président de la Saskatchewan, Dan D’Autremont, et les députés provinciaux du Manitoba Cliff Cullen et Melanie Wight. Les parlementaires ont fait état des difficultés énormes qui surviennent lorsque vient le temps de décider de détourner des cours d’eau d’une façon qui entraînera des dommages dans certaines collectivités afin d’en épargner d’autres. Les présentateurs ont également salué les améliorations que divers gouvernements ont apportées aux infrastructures, au fil des ans, en vue de mieux protéger les collectivités. Du même souffle, ils ont mis en garde contre les inondations qui ne surviennent supposément qu’une fois tous les 100 ans alors que, en fait, elles se produisent de plus en plus souvent. À leur avis, il est nécessaire d’accroître les mesures préventives.