Les femmes parlementaires dans le contexte du Programme de développement pour l’après-2015

Les femmes parlementaires dans le contexte du Programme de développement pour l’après-2015

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Myrna Driedger, MLA

La présidente de la Section canadienne de Femmes parlementaires du Commonwealth (FPC) fait état des activités de la Conférence du Commonwealth organisée par FPC, à Londres, en Angleterre. La conférence, qui avait pour thème « Les femmes après les objectifs du Millénaire pour le développement », visait à explorer la façon dont les femmes parlementaires pourraient se servir de leur position pour contribuer à la lutte contre les différents visages de la pauvreté dans le monde, et la façon dont elle se manifeste dans l’inégalité des sexes.

Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sont le fruit des sommets et des conférences organisés par les Nations Unies dans les années 1990. Les OMD sont l’engagement de la communauté internationale à lutter contre les différents visages de la pauvreté dans le monde. Cet engagement repose sur un partenariat mondial qui prévoit des plans d’action dirigés par les pays et le soutien des pays développés dans les secteurs du commerce, de l’aide publique au développement, de la soutenabilité de la dette et de l’accès aux médicaments et aux technologies.

Les huit OMD–qui vont de la réduction de moitié du taux de pauvreté extrême au ralentissement de la propagation du VIH/sida et à la prestation d’une éducation primaire universelle, tous d’ici la date cible de 2015–forment un plan approuvé par l’ensemble de la communauté internationale et par toutes les grandes institutions mondiales de développement. Les objectifs ont galvanisé des efforts sans précédent pour répondre aux besoins des plus pauvres du monde. En outre, les Nations Unies travaillent avec les gouvernements, la société civile et d’autres partenaires pour exploiter la dynamique dégagée par les OMD et poursuivre un programme ambitieux pour l’après-2015.

Objectifs du Millénaire pour le développement

Éliminer l’extrême pauvreté et la faim

Assurer l’éducation primaire pour tous

Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

Réduire la mortalité infantile

Améliorer la santé maternelle

Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies

Préserver l’environnement

Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

**Le niveau de réalisation des OMD diffère d’un signataire à l’autre**

Efforts déployés dans le monde pour atteindre les OMD

Les OMD ont été l’effort mondial le plus réussi pour lutter contre la pauvreté. Des progrès marquants et substantiels ont été réalisés pour atteindre bon nombre des cibles fixées, dont : la réduction de moitié du nombre de personnes vivant dans des conditions de pauvreté extrême et de la proportion de personnes n’ayant pas un accès continu à des sources améliorées d’eau potable; un recul marqué de la proportion d’occupants d’îlots insalubres en milieu urbain; des avancées remarquables dans la lutte contre le paludisme et la tuberculose; et des améliorations visibles dans tous les secteurs de la santé ainsi qu’en éducation primaire.

Toutefois, il y a encore des secteurs où les besoins sont criants. Par exemple, une personne sur huit dans le monde a toujours faim; trop de femmes meurent lors de l’accouchement alors que des moyens sont accessibles pour les sauver; et plus de 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations d’assainissement améliorées.

À cet égard, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a fait la déclaration suivante :

En plus de dix ans d’expérience de travail en vue de réaliser les OMD, nous avons appris que des efforts ciblés et mondiaux de développement peuvent faire la différence. En accélérant les initiatives, le monde pourra réaliser les OMD et susciter l’élan nécessaire en faveur d’un cadre de développement de l’après-2015 ambitieux et mobilisateur. Le moment est venu pour nous de redoubler d’efforts en vue de construire un avenir plus juste, plus sûr et plus viable pour tous.

La Conférence du Commonwealth de FPC

Cette conférence était l’occasion, pour les membres de FPC, de se doter de leur propre vision du rôle des femmes, des filles et de l’égalité des sexes dans l’après-OMD. La conférence a permis aux participants de mieux comprendre le principe qui sous-tend les négociations en vue du programme de l’après-2015, d’obtenir des détails sur les travaux des gouvernements du Commonwealth à cet égard, d’en savoir davantage sur l’importance des problèmes d’égalité des sexes dans le cadre de l’adoption de lois en matière de politiques sociales, et d’obtenir des conseils sur la façon de conclure désormais des ententes plus favorables à l’égalité des sexes.

Désireuse d’offrir une tribune où faire connaître les bonnes pratiques en matière de condition féminine, FPC a également débattu de questions concernant le leadership des femmes en dehors de la charge publique et de l’importance de sensibiliser les parlements à la spécificité des sexes grâce à la présidence.

Séance no 1 : Déclarations préliminaires du secrétaire général de l’APC et de la présidente de FPC

Après avoir souhaité la bienvenue aux membres de FPC, William F. Shija, secrétaire général de l’APC, a parlé de la représentativité des femmes dans les parlements du Commonwealth et du lien direct qui existe entre la présence de femmes occupant des hautes fonctions et les niveaux améliorés de pauvreté. Il a également parlé des activités et des réalisations de FPC jusqu’à ce jour, et de la place de la parité des sexes et des droits des femmes dans l’ère post-OMD.

La présidente de FPC, Rebecca Kadaga, a parlé des OMD et des réalisations accomplies en ce sens jusqu’à présent, notamment de la réduction de la pauvreté, de l’amélioration de l’écart entre les sexes dans les taux d’emploi et des efforts déployés dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Elle a également parlé de l’importance d’atteindre un consensus et de se doter d’un programme de développement universel. Après tout, l’égalité des sexes est un enjeu universel.

Par la suite, elle a parlé de la nécessité de lutter contre les inégalités entre les sexes au moyen de cibles, depuis les gouvernements locaux jusqu’au sommet, et aussi de la pertinence d’élaborer un plan d’action pour permettre à FPC d’atteindre ses objectifs. À cet égard, Mme Kadaga a donné des exemples de femmes, partout dans le monde, qui sont sans cesse victimes de violence fondée sur le sexe, de discrimination et de sous représentation.

Séance no 2 : La présidence à la Chambre et l’établissement d’un équilibre entre les sexes

Dawn Primarolo, députée du Royaume-Uni et vice-présidente du Parlement, a parlé des défis de la députation pour les femmes. Faisant allusion plus particulièrement à la façon dont les médias dépeignent les femmes parlementaires, elle a soutenu que les députées font l’objet d’une publicité négative au moins deux fois plus que les hommes. Les délégués de FPC ont insisté sur la nécessité, pour les partis politiques, d’améliorer leur mode de scrutin de liste au moment de la sélection des candidats de sexe féminin.

Il a été dit ce qui suit :

  • les comportements inacceptables à l’endroit des femmes ne devraient être aucunement tolérés;
  • des comités spéciaux, ou une entité de rigueur similaire, devraient être créés pour examiner la teneur des préjugés des médias envers les femmes;
  • des pressions devraient être exercées pour que les partis politiques modifient leur mode de scrutin de liste afin de favoriser la participation des femmes.

Séance no 3 : Observations du président de l’APC

Au cours de la séance, Alan Haselhurst, député du Royaume-Uni et président du Comité exécutif de l’APC, a abordé trois grands sujets : les obstacles auxquels les femmes se heurtent en politique, les grands défis de FPC et les grandes réalisations de FPC et son avenir.

Les membres ont soulevé les points suivants :

  • FPC a besoin d’accroître sa visibilité;
  • le réseau de FPC doit être achevé;
  • FPC doit continuer de relever de l’APC;
  • il faut insister sur l’importance du travail intergénérationnel;
  • FPC doit recourir davantage aux médias sociaux pour se faire connaître davantage.

Séance no 4 : Politique sociale et sur l’égalité entre les sexes : se distinguer

Diane Perrons, professeure de géographie économique et d’études féministes à la London School of Economics, a parlé de la ténacité de l’inégalité entre les sexes et du fait que ce thème ne capte pas l’attention du public avec autant de vigueur que d’autres éléments du programme de développement. Le groupe a discuté du caractère universel de l’inégalité entre les sexes, du rôle de l’éducation et de l’importance d’offrir une éducation de qualité.

Les membres ont soulevé les points suivants :

  • le travail non rémunéré, par exemple la prestation des soins – qui incombe souvent aux femmes –, est nettement sous-évalué;
  • les femmes sont souvent plus vulnérables que les hommes aux réductions des dépenses nationales;
  • le suivi des dépenses publiques est un moyen important de mesurer l’égalité entre les sexes;
  • les questions d’ordre structurel et culturel ont souvent une vaste portée; par conséquent, elles continuent de nuire au développement des femmes.

Séance no 5 : Négocier une meilleure position pour les femmes et les filles dans l’après-2015

Charles Chauvel, conseiller pour le développement parlementaire au Programme des Nations Unies pour le développement, a présenté un rapport d’étape sur les huit OMD. Selon le rapport, les taux de pauvreté extrême ont été réduits de moitié depuis 1990, et le taux d’inscription dans les écoles primaires dans les régions en développement s’élève maintenant à 90 %. En outre, partout dans le monde, les filles et les garçons ont également accès à une éducation primaire (toutefois, pour ce qui est de l’accès à l’éducation des autres niveaux, à l’emploi et à la participation à la prise de décisions, les femmes continuent d’être victimes de discrimination). De plus, 14 000 enfants de moins meurent chaque jour, et le taux de mortalité maternelle a reculé de 47 % depuis 1990. Aussi, un nombre accru de personnes reçoivent un traitement contre le VIH/sida et le paludisme, et 2,1 milliards de personnes ont obtenu un accès à de l’eau potable depuis 1990. Enfin, le service de la dette a reculé dans les pays développés, et le climat des échanges commerciaux s’est amélioré.

Voici les défis sur lesquels les membres ont insisté pour ce qui est des négociations portant sur les femmes dans l’après-OMD :

  • la prestation, ou l’absence de prestation, de séances d’information, par les gouvernements, sur les négociations concernant le prochain ensemble d’objectifs de développement, en particulier sur les droits des filles et des femmes;
  • l’organisation de consultations populaires sur les priorités de l’après-OMD;
  • il est essentiel de s’assurer que les gouvernements respectent leurs engagements en matière d’égalité des sexes.

Les membres ont exprimé des frustrations à l’égard du système des Nations Unies, où les parlements sont souvent marginalisés.

Séance no 6 : Une vision pour l’avenir de l’égalité des sexes et des objectifs de développement de l’après-2015

David Hallam, envoyé du ministère du Développement international du Royaume Uni, a exposé le principe qui sous-tend les objectifs qui succèderont aux OMD. De plus, il a expliqué la façon dont ils sont conçus et leur but : un monde, en 2030, où l’égalité, la prospérité, la justice et la paix règnent davantage. On a insisté sur la nécessité de s’engager à changer les mentalités et les actes.

Cinq changements ont été ciblés :

  • ne laisser personne de côté;
  • placer le développement durable au cœur des débats;
  • transformer les économies pour créer des emplois et favoriser un mode de croissance inclusif;
  • construire la paix et créer des institutions efficaces, transparentes et responsables pour tous;
  • créer un nouveau partenariat mondial;
  • le programme sur l’égalité des sexes portera sur les thèmes suivants;
  • prévenir et éliminer toute forme de violence à l’encontre des filles et des femmes;
  • mettre fin au mariage des enfants;
  • accorder aux femmes des droits égaux à ceux des hommes en ce qui concerne l’acquisition et l’héritage de biens, la signature de contrats, l’enregistrement d’une entreprise et l’ouverture d’un compte bancaire;
  • éliminer la discrimination à l’encontre des femmes dans la sphère politique, économique et publique.

FPC encourage ce qui suit :

  • donner un rôle accru aux parlementaires dans les négociations de l’après-2015;
  • les Parlements ne doivent pas hésiter à exiger des gouvernements qu’ils rendent compte des négociations de l’après-2015;
  • une meilleure coordination avec les autres organisations, comme ONU Femmes.

Séance no 7 : Le rôle des femmes dans l’après-OMD

Kemi Ogunsanya, conseillère pour le développement politique et l’égalité des sexes au Secrétariat pour les pays du Commonwealth, a donné un aperçu du plan d’action à suivre pour fixer des cibles sexospécifiques aux fins de l’après-OMD. Le projet comprend :

  • vivre à l’abri de la violence : prévention; réponses à y apporter; changements comportementaux; sécurité; services de soutien et justice;
  • capacités et ressources : éliminer la pauvreté féminine; promouvoir un emploi décent, l’éducation et les compétences; élargir l’accès des femmes aux biens de production et leur contrôle de ces biens; réduire la charge de travail des femmes; améliorer la santé des femmes et des filles; réduire la mortalité maternelle; promouvoir l’énergie durable; et assurer l’accès à l’eau et à des installations sanitaires;
  • voix, leadership et participation : promouvoir une prise de décisions équitable dans les foyers, encourager la participation au sein des institutions publiques, favoriser le leadership des femmes dans le secteur privé et au sein des conseils d’administration; et renforcer l’action collective des femmes.

FPC convient de ce qui suit :

  • on ne tient pas suffisamment compte de l’importance du Parlement en tant d’acteur de développement. Les organismes humanitaires préfèrent travailler avec la branche exécutive du gouvernement d’un État;
  • les Parlements doivent renforcer les capacités, la diffusion du savoir et la promotion des OMD;
  • les Parlements devraient jouer un rôle essentiel dans l’élaboration de stratégies novatrices pour les OMD, de concerts avec les acteurs nationaux et les parties intéressées comme la société civile et le secteur privé.

Séance no 8 : L’avantage de l’égalité des sexes : les femmes en position de leadership dans le Commonwealth

Dans son exposé, Shaheena Jivrav, du Conseil des gens d’affaires du Commonwealth, a reconnu qu’une représentativité égale des sexes au sein des conseils d’administration a un lien direct avec un rendement supérieur. Les délégués ont souligné le contraste entre les dépenses en consommation des femmes à l’échelle mondiale, qui totalisent quelque 28 000 milliards de dollars, et le fait que les femmes soient absentes du conseil d’administration de près de 40 % des entreprises. Parmi les stratégies dont il a été question pour remédier à ce déséquilibre, notons les partenariats en éducation, les initiatives de parrainage et la création de bases de données de femmes d’affaires. Pour y parvenir, le Conseil des gens d’affaires du Commonwealth a décidé d’élaborer une stratégie de sensibilisation; de travailler avec les gouvernements et le secteur privé; et de renforcer ses politiques en vue d’accroître le nombre de femmes au sein des conseils d’administration.

FPC a recommandé ce qui suit :

  • favoriser la recherche pour vérifier s’il existe un lien entre de meilleurs résultats scolaires chez les filles et la poursuite des études, et la fréquentation d’un établissement mixte ou séparé;
  • promouvoir les activités des femmes du Conseil des gens d’affaires du Commonwealth.

Femmes parlementaires du Commonwealth : Prochaines étapes

La conférence a été suivie d’une réunion de la Section internationale de FPC, dont la présidente de la Section canadienne de FPC est l’une des 10 membres. Au cours de la réunion, les régions de FPC ont adopté à l’unanimité un Plan stratégique préliminaire pour 2014-2018 à des fins de distribution et de discussion. Le Plan stratégique servira à la fois d’outil de communication et de planification de façon à permettre à FPC d’être un agent puissant des femmes parlementaires au sein de l’APC.

Le Plan stratégique fournira à FPC un cadre qui l’aidera à cerner ses réalisations, à évaluer stratégiquement ses défis, à tisser des alliances et à prendre des mesures au sein de l’APC et ailleurs de façon à ce que tant les hommes que les femmes prennent part au processus décisionnel dans les assemblées législatives du Commonwealth, et pour que les femmes parlementaires reçoivent le soutien nécessaire.