Esquisses des parlements et de leur passé : Emery Barnes, l’homme au parcours hors du commun Vol 38 No 2

Esquisses des parlements et de leur passé : Emery Barnes, l’homme au parcours hors du commun

L’assemblée législative de la Colombie-Britannique comptait dans ses rangs une vedette d’athlétisme, un footballeur, un travailleur social, un pianiste et un propriétaire de boîte de nuit, tous réunis dans la même personne : l’ancien député et Président de la chambre, Emery Barnes, un homme à la stature imposante – un gentilhomme géant.

Emery Oakland Barnes a été au service de l’assemblée législative de la Colombie-Britannique pendant plus de 24 ans. En 1972, sa collègue, Rosemary Brown et lui ont été les premiers politiciens de race noire à être élus à l’assemblée législative de la Colombie-Britannique. M. Barnes deviendra par la suite le premier Président d’assemblée noir de l’histoire du Canada.

Emery Barnes est né le 15 décembre 1929 à la Nouvelle-Orléans. Il a grandi à Portland, en Oregon. Après avoir servi dans l’armée américaine puis terminé ses études de baccalauréat ès sciences en 1956, il joue brièvement pour les Packers de Green Bay, une équipe de football américain. L’année suivante, il déménage à Vancouver. Il termine sa carrière de footballeur en 1964 avec les Lions de la Colombie-Britannique. Cette année-là, les Lions remportent la Coupe Grey, mais Barnes était au repos depuis quelques matchs en raison d’une blessure.

Dans une entrevue accordée à la Revue parlementaire canadienne en 1987, M. Barnes explique : « Il semble que la première partie de ma vie ait été davantage orientée vers l’athlétisme et l’action. Mon côté cérébral s’est épanoui plus tard, de même que ma conscience sociale. » Ses études en travail social à l’Université de la Colombie-Britannique et ses projets subséquents auprès des jeunes et des services correctionnels témoignent de ce changement de cap.

Après la faillite de sa boîte de nuit, l’Emery’s Plug, M. Barnes se laisse finalement convaincre par Dave Barrett, futur premier ministre de la province, de se lancer en politique. Après une première tentative infructueuse de se faire élire en 1969, il est élu en 1972 dans la circonscription de VancouverCentre, où il gagne rapidement la confiance de la population.

M. Barnes remporte par la suite toutes les élections subséquentes; il siège sans interruption à l’assemblée législative jusqu’en 1996. Il termine sa carrière politique de brillante façon : il est nommé vice-président de la Chambre en 1991, puis président en mars 1994.

Emery Barnes était le champion de la justice sociale et des droits de la personne. En 1986, il relève un défi lancé par un groupe de lutte contre la pauvreté de Vancouver. Ainsi, pour témoigner in situ de l’extrême pauvreté dans laquelle vivent les assistés sociaux de la Colombie-Britannique, il passe deux mois dans le quartier Downtown Eastside à toucher des prestations d’aide sociale. Les trois premières semaines, il maigrit de six kilos (15 livres) et ressort de cette expérience plus convaincu que jamais de lutter pour ces causes. Il qualifie son expérience de bouleversante et conclut qu’il faut au moins doubler les prestations d’assurance sociale pour pouvoir vivre dans des conditions minimales.

Il était en tous points un homme imposant; le personnel de l’Assemblée législative se souvient de sa stature impressionnante et de sa voix grave. À 1,98 mètre (6 pieds et 6 pouces), il était connu comme le gentilhomme géant. Régulièrement, il accueillait les visiteurs à son bureau en leur serrant la main de sa « poigne grande comme un gant de baseball », se rappellent les employés de longue date de la bibliothèque.

Pianiste à ses heures, Emery Barnes se détendait de ses fonctions politiques en offrant de magnifiques prestations jazz improvisées dans le salon Ned DeBeck, réservé aux députés, qu’on entendait de la bibliothèque.

Emery Barnes perd sa lutte contre le cancer le 1er juillet 1968 à l’âge de 68 ans. Aujourd’hui, le parc Emery Barnes, situé au 1170, rue Richards dans le quartier de Vancouver-Centre, commémore cet homme qui a su se réincarner. Les travaux de construction du parc ont duré 10 ans.

Dans son hommage posthume à la Chambre, le premier ministre de l’époque, Arthur Daniel (Dan) Miller a déclaré : « Au nom de tous les députés de la Chambre, en particulier les membres de mon caucus, je souligne en ce mercredi 1er juillet – fête du Canada – que ce jour en a été un de célébrations, certes, mais qu’il a été aussi teinté d’une grande tristesse puisqu’un membre distingué de la chambre et ami de nombre d’entre nous, Emery Barnes, s’est éteint. » [traduction]

La Présidente de l’époque, Gretchen Brewin, a conclu qu’« il était un homme au grand cœur occupant brillamment ce siège et laissant un grand vide difficile à remplir tant pour l’actuel Président que pour ceux à venir. »