Esquisses des parlements et de leur passé : Paul Martin père : un éminent parlementaire de la Chambre des communes Vol 39 No 1

Article 12 / 12 , Vol 39 No. 1 (Printemps)

Esquisses des parlements et de leur passé : Paul Martin père : un éminent parlementaire de la Chambre des communes Vol 39 No 1

De nos jours, on se souvient surtout de M. Martin pour ses ambitions politiques et ses programmes phares mis sur pied par les ministères qu’il a dirigés, mais à l’époque, il était considéré par ses pairs, tant du parti ministériel que de l’opposition, comme un éminent parlementaire, ou a good House of Commons man comme le disent les Britanniques.

De nos jours, les Canadiens se souviennent surtout de Paul Martin père, politicien né au siècle dernier, pour son profond attachement envers sa circonscription de Windsor, en Ontario, et pour son ambition légendaire : il a en effet brigué la direction du Parti libéral à trois reprises, sans succès. Les Canadiens plus âgés se souviendront sûrement de ses plus grandes réalisations. On lui doit en effet la première Loi sur la citoyenneté en 1946, le régime universel de pensions de vieillesse en 1951 et les bases de notre régime de soins de santé actuel en 1956-1957. Il a occupé les fonctions de secrétaire d’État aux Affaires extérieures de 1963 à 1968, mais bien peu de gens aujourd’hui se souviennent de son engagement profond à l’égard du Parlement du Canada, où il a siégé de 1935 à 1974, ou de sa réputation d’éminent parlementaire auprès de ses collègues.

Élu pour la première fois dans Essex-Est en 1935 (puis réélu lors des neuf élections générales subséquentes), M. Martin était un parlementaire d’une habileté et d’une efficacité redoutables. Celui que l’on surnommait « le cardinal » a trouvé sa voie au fil des décennies pour devenir un incontournable à la Chambre. Courtois et jovial, contrebalançant chaque réplique partisane d’un délicat dosage de compliments, ce n’est que rarement qu’il concédait sur un point de son plein gré. Lorsque le général George Pearkes, député conservateur, s’adressait à M. Martin en comité, il savait très bien ce qui l’attendait. « Et maintenant, il va me répondre, et je sais ce qu’il fera. Il complimentera d’abord ma carrière militaire et mes réalisations dans d’autres domaines, et, ensuite, il me lancera à la figure tout ce qui se trouve dans cette salle de comité, exception faite du buste de Mackenzie King ». Margaret Aitken, courriériste et députée conservatrice de Toronto, décrivait M. Martin comme le ministre le plus « adroit » pour répondre aux questions inquisitrices des députés de l’opposition. « Il parvient à tourner la question à l’avantage de son ministère, se désolait-elle. Chacune de ses réponses correspond à un discours miniature ».

Les députés considéraient M. Martin comme l’un des leurs, un House of Commons man, et cela comptait. Ils appréciaient son sens de l’humour et son empressement à se prêter à leurs petits jeux. M. Martin riait de leurs blagues de gamins, des notes puériles l’avisant que sa braguette était ouverte lorsqu’il se levait pour prendre la parole, et il s’amusait de leurs tentatives de lui faire boire trop d’alcool avant les discours importants. Même s’il se montrait parfois un peu pompeux, trop sérieux ou prolixe, ses collègues députés l’aimaient bien et lui pardonnaient ses défauts.

Par suite des victoires de John Diefenbaker en 1957 et 1958, le rôle de M. Martin a changé. La transition du côté de l’opposition a certes été difficile, mais M. Martin s’est distingué comme le plus efficace des porte-parole de l’opposition. Il a élevé au rang d’art son talent pour piquer les ministres au vif, et rendait le premier ministre complètement fou en faisant peu de cas de l’obligeant Président Roland Michener. Lors de la période des questions, il avait pour habitude de se lever lentement, d’arborer un large sourire en disant « mon ami le Ministre », puis de poser une question en apparence inoffensive. Mais sa question complémentaire se voulait plus incisive, et il se tournait alors de manière à ne pas voir le Président Michener. Lorsqu’il se rendait finalement compte – après avoir dit ce qu’il avait à dire – que ses propos avaient poussé le Président à exprimer son objection, son attitude passait soudainement de la fermeté à l’humble coopération. L’effet était immédiat : « Lorsque les députés des deux côtés de la Chambre commencent à chahuter et à taper sur leurs pupitres, et que le Président Michener hoche la tête sur le fauteuil de la Chambre comme un pantin à ressort revêtu d’une toge, c’est le signe que Paul Martin est en pleine action ».

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