Faire la différence par la représentation et l’action collective : entrevue avec le fondateur du réseau Parlementaires handicapés du Commonwealth
Une blessure grave subie lors d’un match de hockey a changé la vie de Kevin Murphy, 14 ans. Cependant, sa décision de commencer à plaider pour l’accessibilité dans sa communauté et au-delà a contribué à changer la vie d’innombrables autres personnes. Dans cette entrevue, Kevin explique ce qui l’a inspiré à s’engager dans la politique parlementaire et il décrit comment il a utilisé son poste de Président de l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse pour contribuer à l’avancement d’une initiative visant à encourager et à soutenir d’autres personnes en situation de handicap dans les pays du Commonwealth à briguer un poste.
Entrevue avec Kevin Murphy

Revue parlementaire canadienne (RPC) : Vous avez été élu pour la première fois en 2013. Pouvez-vous nous parler un peu de ce qui vous a attiré en politique parlementaire, puis de ce qui vous a donné l’idée du groupe Parlementaires handicapés du Commonwealth (PHC), une fois élu?
Kevin Murphy (KM) : J’ai été blessé en jouant au hockey à l’âge de 14 ans. L’une des premières choses que j’ai dû faire a été d’apprendre à défendre mes intérêts, pour obtenir ce dont j’avais besoin.
Par exemple, j’ai grandi dans une très petite collectivité rurale. Notre école était un bâtiment carré typique à deux niveaux en brique avec des marches à la porte de la façade. Elle avait été construite entre 30 à 40 ans avant que je la fréquente. Je sais que je n’ai pas été la première personne en situation de handicap à fréquenter cette école, mais j’ai été la première personne en situation de handicap à dire au conseil scolaire : « Dites… je ne peux pas entrer par la porte de la façade dans mon fauteuil roulant. Il n’y a pas de salle de bain que je suis en mesure d’utiliser, et c’est une école à deux niveaux. Comment puis-je me rendre à mes cours à l’étage? »
Cela représentait tout un casse-tête pour le conseil scolaire, vous savez… J’ai donc dû, avec ma famille, apprendre à écrire des lettres pour défendre mes intérêts. J’ai vite appris à signaler les situations tout en proposant des solutions, plutôt que de me contenter de signaler des problèmes et de m’en plaindre. Je disais : « Voici chose que nous pouvons améliorer, et voici ce qui est nécessaire. Voici ce que nous pouvons faire. »
Finalement, nous avons obtenu une rampe appropriée à la porte de la façade. La salle de bain a été rénovée et un ascenseur a été installé. Je me suis rendu compte que ce sont certes des choses dont j’avais besoin à ce moment-là, mais que les changements profiteraient à beaucoup d’autres personnes vivant des situations similaires qui allaient venir après moi.
Je me suis retrouvé dans le même genre de situation lorsque je suis allé à l’Université Saint Mary’s. À l’époque, l’administration m’a fait valoir qu’il s’agissait de l’université la plus accessible à l’est de l’Université Carleton, à Ottawa. J’ai néanmoins été confronté à beaucoup des mêmes obstacles là-bas, et j’ai participé au même genre de processus. Je me suis aussi rendu compte que je n’étais pas la seule personne en situation de handicap dans la communauté, mais que j’étais probablement la plus visible et probablement, aussi, la plus active. En regardant autour de moi tous ces gens qui se déplaçaient en fauteuil roulant ou en déambulateur, ou qui étaient accompagnés d’un chien-guide, je me suis rendu compte une fois de plus que lorsque j’écrivais une lettre demandant l’installation d’un ouvre-porte sur un immeuble de résidence ou la rénovation d’une salle de bain, cela ne serait pas seulement bénéfique pour moi, mais pour beaucoup, beaucoup d’autres personnes.
Cela m’a amené à réfléchir à l’avenir et aux rôles des différents ordres de gouvernement. Je me suis rendu compte que toutes ces personnes établissaient des politiques et prenaient des décisions, mais que les personnes en situation de handicap ne semblaient pas être prises en considération dans ces processus. Je me suis demandé : « Pourquoi concevons-nous encore des bâtiments qui ne sont pas accessibles dès le départ? » J’ai réalisé que, tant que nous n’aurions pas de vraies personnes en situation de handicap à ces postes décisionnels, nous ne ferions pas vraiment beaucoup de progrès sur certains des plus grands enjeux.
Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, je me suis présenté aux élections municipales dans mon secteur du comté d’Halifax, mais je n’ai pas gagné. Je ne me suis pas présenté comme le « candidat handicapé » ou quoi que ce soit du genre. Mais j’ai fait campagne et je suis arrivé deuxième. Cela a été une expérience extrêmement précieuse. Cela m’a fait prendre conscience de plein de choses et a en quelque sorte aiguisé mon intérêt pour les possibilités de m’engager davantage dans le système politique.
J’ai une longue histoire d’implication dans la communauté. Par exemple, je me suis joint à mon service d’incendie bénévole local. Évidemment, en tant que tétraplégique en fauteuil roulant, je n’allais pas monter dans le camion de pompiers pour lutter contre les incendies, mais j’avais un diplôme en commerce, alors je suis devenu trésorier au service des incendies. Je me suis engagé partout où je le pouvais pour apporter ma contribution, au cours de ma carrière entrepreneuriale, que j’ai entamée à un jeune âge, je suis demeuré engagé et très visible dans la communauté.
Vers l’an 2000, mon téléphone a commencé à sonner. Je participais activement à la défense des droits des personnes en situation de handicap, notamment en tant que membre de nombreux conseils et comités consultatifs dans la région métropolitaine de Halifax/Dartmouth. Je dirais qu’en vue de trois élections consécutives, les trois partis m’ont appelé pour voir si je serais disposé à mettre mon nom sur le bulletin de vote pour eux. Mais j’ai toujours trouvé une raison de ne pas le faire. Je venais de me marier, et nous avons eu de jeunes enfants pendant cette période. J’étais aussi occupé par mes activités entrepreneuriales.
L’un des efforts auxquels j’avais participé avait consisté à mettre sur pied ce qu’on appelait alors le programme de soins auxiliaires autogérés ici, en Nouvelle-Écosse. Cela m’a amené à croiser Stephen McNeil, un jeune député d’arrière-ban du Parti libéral, qui était alors le troisième parti de l’Assemblée législative.
Il m’a approché et m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pourrait bénéficier de ce programme (de soins autogérés). Il a offert de nous aider à faire adopter le projet de loi. Bref, il a réussi à faire adopter ce projet de loi visant à créer le programme de soins auxiliaires autogérés de la Nouvelle-Écosse. Nous sommes restés en contact, et il m’a invité à certaines réunions du Parti libéral. Je ne m’identifiais pas comme libéral ou quoi que ce soit, mais lorsque Stephen a décidé de se présenter à la direction du parti, il m’a demandé de l’aider à formuler son positionnement sur les questions de handicap et, dans une certaine mesure, sur certaines politiques commerciales et économiques.
Lorsque Stephen m’a appelé avant les élections de 2013 pour me demander de me présenter, j’en ai parlé avec ma famille. Je leur ai dit que c’était quelque chose que je voulais faire et ils m’ont appuyé. Je savais qu’il était important que je puisse faire du bon travail pour ma communauté en tant que représentant au sujet de tous les enjeux et de toutes les possibilités, certes, mais aussi en ce qui concerne le point de vue des personnes en situation de handicap. Il n’y avait personne au gouvernement qui « me ressemblait ».

Je me suis porté candidat, et nous avons été élus pour former un gouvernement majoritaire. Quelques jours plus tard, le premier ministre m’a nommé Président de la Chambre.
RPC : Quand l’idée du groupe des Parlementaires handicapés du Commonwealth a-t-elle vu le jour? Qu’est-ce qui lui a donné naissance?
KM : Lorsque j’ai assisté à ma première conférence des présidents d’assemblée du Canada sous la présidence du Président de la Chambre des communes, Andrew Scheer, en janvier ٢٠١٤, j’ai rapidement réalisé que j’avais l’occasion de me faire entendre sur des questions qui me tenaient à cœur. Ma voix était peut-être plus subtile ou plus discrète que celles d’autres participants qui occupaient des postes de ministres, mais, en tant que chef du corps législatif de la Nouvelle-Écosse, j’avais une voix. J’ai rapidement trouvé ma place au sein du groupe de mes homologues présidents d’assemblée.
Tant au fédéral qu’au provincial, il n’y avait qu’une poignée d’autres représentants élus en situation de handicap. Il y avait Steven Fletcher au fédéral, puis au provincial, et Sam Sullivan et Stephanie Cadieux sur la côte ouest… nous étions peut-être une demi-douzaine, en tout, au fédéral et au provincial. J’ai eu l’occasion d’expliquer à mes homologues présidents que l’objectif de tout gouvernement démocratiquement élu est d’être représentatif de la population qui l’a élu, mais que je ne voyais pas suffisamment de personnes en situation de handicap occuper les postes électifs, compte tenu de leurs nombres réels dans la population.
Avec l’appui et l’encouragement de mes homologues présidents, nous avons reconnu qu’il s’agissait d’un enjeu sur lequel nous pouvions travailler ensemble pour essayer de changer les choses.
Tout a commencé par une présentation que j’ai faite à ce groupe, mais j’ai aussi pu utiliser mes contacts directs avec le cabinet du premier ministre, en tant que Président, pour soulever des questions qui, à mon avis, devraient être prises en compte lors de l’élaboration des politiques et des lois de la Nouvelle-Écosse.
Nous avons commencé à travailler sur la loi sur l’accessibilité de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Accessibility Act) que nous avons adoptée en 2017. Je sais au fond de moi que, si je n’avais pas été assis à la table du caucus et si je ne m’y étais pas exprimé en tant que porte-parole des personnes en situation de handicap, cela ne se serait pas produit. Au fur et à mesure que nous avancions dans les travaux pour établir nos positions stratégiques et le programme du gouvernement, le foisonnement de demandes concurrentes qui appelaient notre attention n’a fait que confirmer l’importance qu’une personne de la communauté des personnes en situation de handicap contribue au processus en s’appuyant sur ses expériences. Qu’il s’agisse de personnes en situation de handicap, de personnes de couleur ou d’équilibre entre les hommes et les femmes… Il est important que ces voix soient présentes pour proposer des points de vue qui divergent de l’idée à la base du processus politique stéréotypé traditionnel, dans lequel les gens prennent des décisions pour les autres sans vraiment tenir compte des résultats et des effets sur les populations en cause.
Lorsque Carla Qualtrough a été élue au fédéral en 2015 et est devenue la première ministre responsable de l’inclusion des personnes en situation de handicap, cela a fait en sorte qu’elle-même, Stephanie et Sam faisaient tous partie de cabinets. Nous avions l’impression de commencer à atteindre une masse critique. Nous étions assez nombreux pour que je sois en mesure de dire qu’il se passait quelque chose au Canada et de proposer la création d’un groupe de parlementaires en situation de handicap à l’Association parlementaire du Commonwealth (APC).
Je me suis penché sur le seul autre sous-comité permanent de l’APC, Femmes parlementaires du Commonwealth. Il a été créé pour accroître l’équilibre entre les sexes dans les parlements en encourageant les femmes à briguer des postes électifs et en les soutenant dans leurs démarches. Je me suis dit : « Pourquoi n’aurions-nous pas le même genre de groupe pour les personnes en situation de handicap? »
J’ai également été motivé par les visites de délégations parlementaires d’autres régions du Commonwealth où, pour le dire poliment, les idées entourant la représentation démocratique étaient encore en cours d’évolution. Ces délégations venaient en Nouvelle-Écosse, le plus vieux siège de gouvernement de notre pays et l’un des plus vieux du Commonwealth, pour apprendre nos meilleures pratiques. Bien sûr, j’étais là, en tant que Président… le gars en fauteuil roulant.
Certaines de ces délégations provenaient de pays dont la société n’embrassait pas nécessairement la cause des personnes en situation de handicap. Ainsi, l’idée même qu’une personne en situation de handicap brigue une charge élective, sans parler de l’idée qu’elle se fasse élire ou qu’elle occupe un poste élevé dans une Assemblée, était très loin de leur univers. Nous avons changé des esprits en nous donnant en exemple, simplement en nous faisant élire et en servant de modèles. Je ne parlerai que pour moi-même, mais c’est là tout le cœur de l’affaire, n’est-ce pas? Nous pouvons influencer et modifier les politiques relatives aux personnes en situation de handicap en apportant nos voix à la table pour la première fois, en faisant part de nos expériences. D’autres personnes en situation de handicap au Canada et dans tout le Commonwealth peuvent me voir et se dire : « Si Kevin peut le faire, peut-être que je peux le faire aussi… »
Mais bon… Je ne m’occupais pas seulement des enjeux entourant les personnes en situation de handicap. Je savais que j’avais un travail à faire en tant que représentant de ma collectivité, que je devais contribuer aux discussions du caucus, que je devais prendre la parole au bon moment sur un très large éventail de questions. Cependant, je sais que mes interventions, mes points de vue et ma présence ont mené à la création de la loi sur l’accessibilité de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Accessibility Act). Je sais que la présence de la ministre Qualtrough au sein du caucus fédéral a mené à la création de la Loi canadienne sur l’accessibilité en 2019. Nous avons changé les mentalités de nos collègues décideurs.
Pensons notamment aux lieux choisis pour les annonces gouvernementales, ainsi que l’inclusion de la langue des signes et d’autres formes de communications accessibles pour les audiences des comités, les diffusions liées aux travaux législatifs et les documents que le gouvernement produit. Sans parler des politiques en général. Les bienfaits peuvent sembler subtils aux yeux de certaines personnes, mais ils sont si profonds et essentiels pour d’autres, puisqu’ils facilitent leur pleine participation à tous les aspects du gouvernement.
RPC : Dans quelle mesure l’APC a-t-elle été réceptive à cette initiative?
KM : Il était intéressant de présenter l’idée d’un sous-comité des parlementaires en situation de handicap à l’Association parlementaire du Commonwealth, car nous jouons un rôle important en tant que gardiens de la démocratie. Pourtant, dans une démocratie, il faut toujours affronter un peu de politicaillerie pour faire avancer les choses. Il a fallu plus de temps que je ne l’espérais pour lancer le bal parce qu’il y avait plusieurs autres enjeux et obstacles considérables, mais au bout du compte, pratiquement tout le monde a reconnu la valeur de la création de ce réseau.



Cependant, cette initiative comportait des défis tout à fait différents de ceux des initiatives visant à accroître la représentation des femmes ou des personnes de couleur. Les gens ne s’identifient pas toujours comme ayant un handicap, ou ils décident de ne pas s’auto-identifier. J’utilise un fauteuil roulant. Alors, c’est assez évident. Mais d’autres handicaps ne sont pas aussi visibles. Cela rendait l’évaluation de l’aspect quantitatif des choses plus difficile.
Nous avons commencé sous la forme d’un réseau informel. Il était tout indiqué que notre première réunion ait lieu ici, à Halifax, en 2017. J’en ai été l’hôte. Lorsque nous avons cherché à devenir un groupe officiel au sein de l’APC, notre approche a consisté à trouver un champion des personnes en situation de handicap dans chacune des sept régions du Commonwealth. Si nous ne trouvions pas de personne élue en situation de handicap, nous cherchions une personne élue qui avait un lien direct avec une personne en situation de handicap, comme un membre de sa famille. Le groupe a été officiellement constitué en 2019.
En 2020, alors que j’étais encore Président de l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse et président du groupe PHC, nous avions l’intention de jouer un rôle beaucoup plus grand dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de l’APC, prévue à Halifax. Cependant, alors que nous faisions des progrès, la pandémie de COVID-19 est survenue, et le temps et les énergies de chacun étaient concentrés ailleurs. Puis, les élections provinciales en Nouvelle-Écosse ont eu lieu en 2021, et je n’ai pas été réélu.
RPC : Que s’est-il passé à partir du moment où vous n’étiez plus parlementaire, mais encore activement engagé dans la promotion d’un groupe de parlementaires du Commonwealth pour les personnes en situation de handicap?
KM : Le fonctionnement de l’APC a constitué un obstacle dans mes efforts pour la promotion du groupe PHC. J’avais préparé le terrain pour faire avancer ce dossier, mais à partir du moment où je n’étais plus député, je ne pouvais plus m’impliquer que de façon informelle.
Dès qu’on n’est pas un élu, on est exclu de l’APC et on n’y a pas de statut officiel. J’ai reçu une invitation à assister, à titre d’observateur, à l’assemblée générale annuelle au cours de laquelle le groupe PHC a été lancé, et je conserve un canal informel avec la haute direction de l’APC; toutefois, pour l’essentiel, je n’ai aucun statut officiel me permettant de poursuivre ce travail au sein de l’APC ou au nom de celle-ci. La même chose est arrivée à beaucoup d’autres membres fondateurs qui ont quitté la politique parlementaire de leur propre chef ou qui ont été défaits. Ce sont des gens qui m’ont vraiment appuyé, mais qui ne sont plus des élus. Ces gens ont encore une connaissance institutionnelle précieuse et ils savent ce qui se passe à l’échelle locale. Ils peuvent encore apporter des contributions précieuses. Mais ils ne sont plus en mesure de vraiment participer. Par conséquent, je ne suis pas aussi bien informé des activités du groupe PHC, et beaucoup de personnes qui ont participé à sa création sont maintenant passées à autre chose.
RPC : Suggérez-vous la création d’un statut non officiel qui reconnaîtrait que vous n’êtes plus parlementaire, tout en vous conférant un rôle qui vous permettrait d’assurer la continuité et la conservation de la mémoire institutionnelle?
KM : Oui. Les élus en situation de handicap forment un si petit groupe, et leurs parcours et leurs expériences sont si uniques… Il est d’autant plus important de rester en contact pour continuer à faire croître le mouvement. Pour ceux qui suivront. La flamme peut facilement s’éteindre, si l’on ne fait pas d’effort pour l’entretenir.
RPC : Je crois comprendre ce que vous dites… Si de nouveaux parlementaires en situation de handicap entrent en fonction, mais qu’ils n’ont pas accès à cette connaissance institutionnelle, ils recommencent presque à zéro. Ils peuvent certes voir la structure de base de cette organisation, mais ils ne savent pas ce qui l’a précédée ni quelles leçons en ont été tirées.
KM : Exactement. Et je crois que les anciens parlementaires ont encore envie d’aider. Je vais vous donner un exemple : la semaine de sensibilisation à l’accessibilité (Access Awareness Week) ici, en Nouvelle-Écosse. La commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Human Rights Commission) a communiqué avec moi et m’a dit : « Kevin, c’est une bonne occasion pour nous de nous pencher sur tes démarches, quand tu étais en poste, pour mettre le réseau sur pied. Organisons une table ronde pour relancer la conversation ici, à l’échelle locale, sur l’importance d’avoir des candidats en situation de handicap sur le bulletin de vote, afin que nous puissions en arriver à un point où il y a une représentation de la communauté des personnes en situation de handicap dans la composition de l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse. »
J’ai donc travaillé avec eux. Nous avons organisé une table ronde avec moi, Carla Qualtrough, Stephanie Cadieux et un politicien municipal de la région, Gary Mattie, de la Nouvelle-Écosse, qui vit avec une lésion médullaire. Nous avons discuté de l’importance de toutes ces choses dont vous et moi venons de parler… Soit rendre le système politique accessible et faire en sorte que les personnes en situation de handicap puissent considérer ce système comme une option viable pour participer à l’élaboration des politiques et qu’elles proposent leur candidature.
RPC : Lorsque vous parlez d’un système accessible, qu’est-ce que cela implique, au-delà de l’élimination des obstacles physiques aux espaces de la vie politique et de la promotion de la représentation comme moyen efficace d’apporter des changements significatifs?
KM : Vous savez, nous avons un système de partis au Canada. Alors, je ne cesse de dire qu’il serait légitime que les partis politiques approchent la communauté des personnes en situation de handicap dans leur recherche de candidatures solides.
Cependant, il ne s’agit pas seulement de trouver des candidats en situation de handicap. Le seul fait d’être une personne en situation de handicap ne fait pas de vous un bon candidat à une charge élective. Vous devez toujours faire et être tout ce que tous les autres candidats solides doivent faire et être. Vous devez être susceptible d’être élu. Vous devez être un bon communicateur. Vous devez être capable de gérer votre temps. Vous devez être en mesure de rallier les gens pour qu’ils viennent travailler avec vous, pour qu’ils adhèrent à votre vision.
En Nouvelle-Écosse, nous avons eu des discussions continues pour créer ce que nous appelons une « école de campagne » non partisane pour les personnes en situation de handicap. Ici, une fois de plus, il s’agirait de susciter l’intérêt des personnes en situation de handicap afin qu’elles puissent trouver leur point d’entrée dans le système politique. C’est tout un défi parce que, lorsque nous approchons les partis, ils nous envoient inévitablement leurs positions politiques sur diverses questions liées aux handicaps. « Oh, nous sommes tout à fait pour les rampes d’accès et tout ça. » Ce n’est pas de cela qu’il est question. Ces politiques et positions sont importantes, mais il s’agit de trouver des personnes en situation de handicap qui peuvent être de bons candidats pour les partis politiques de tous les horizons.
Cette idée est difficile à « vendre ». C’est plus difficile qu’on ne l’imagine. Statistique Canada nous dit que 27 % d’entre nous, soit environ 8 millions de Canadiens, déclarent être handicapés. C’est l’argument que je fais valoir sans cesse derrière les portes closes. Lorsque je parle aux gens des partis politiques, je leur demande : « Pourquoi ne voudriez-vous pas courtiser ce segment de la population? » Et ce segment de la population n’est pas isolé… il y a un facteur de multiplication direct. Je suis marié. J’ai deux enfants en âge de voter. Donc, si vous obtenez mon vote en présentant une politique solide en matière de handicap en général ou une position sur une question particulière liée au handicap, vous pouvez parier que cela les intéresserait également ou, du moins, que je leur expliquerais pourquoi je vous soutiens. Il y a des raisons légitimes pour les partis politiques de courtiser ce segment de la population et de faire en sorte que cette population soit satisfaite. Mais nous n’en sommes pas encore là. J’obtiens beaucoup de regards vides de la part de gens haut placés dans les partis politiques, tous partis politiques confondus. Les décideurs politiques peinent encore à comprendre une réalité essentielle : les enjeux liés au handicap concernent tout le monde.

Commonwealth lors d’une conférence en 2017 explorant la possibilité de créer un groupe officiel au sein de l’APC.

RPC : À quoi a ressemblé la campagne visant à intégrer le groupe PHC au sein de l’APC générale? Comment avez-vous procédé?
KM : Le comité exécutif de l’APC est composé d’un représentant de chacune des sept régions, d’une représentante du réseau des femmes et de l’ancien président. J’ai essayé d’obtenir l’appui de chacune de ces personnes. Mais je n’y suis pas arrivé. Le vote n’était pas unanime.
Certaines personnes qui ne comprenaient tout simplement pas persistaient à soulever des préoccupations exaspérantes. Ce n’était pas une surprise totale. Cependant, dans une démocratie, il suffit d’obtenir suffisamment de voix pour gagner. Donc, pour obtenir l’appui de ces membres du comité exécutif, j’ai communiqué avec des gens comme moi dans leur région. J’ai demandé à ces gens de parler à leur représentant, de lui faire comprendre la nécessité de ce groupe, puis d’essayer de gagner son appui.
Vous savez, un homme très grand et très sage qui est devenu notre premier ministre m’a dit un jour que, lorsqu’il s’agit de politique parlementaire, on ne peut pas changer le monde sans d’abord obtenir l’investiture. Vous devez d’abord remporter l’investiture. Vous gagnez l’investiture en étant la personne qui obtient le plus de votes. Vous devez donc vous concentrer sur l’obtention du plus grand nombre de votes. Vous devez « faire sortir votre vote » afin de remporter l’investiture, puis gagner l’élection. Ce n’est qu’à ce moment-là que vous pouvez vraiment travailler sur les choses que vous voulez faire au nom des gens que vous représentez. Ce conseil m’a bien servi pour lancer l’initiative dont nous parlons.
Au final, je suis très heureux que le groupe PHC soit là, pleinement intégré au fonctionnement de l’APC. Je tente encore de trouver la meilleure façon de rester impliqué – j’admets avoir déjà semé des graines – et quoi qu’il arrive, je ferai entendre ma voix et je demeurerai engagé.
RPC : Qu’avez-vous fait depuis que vous avez quitté la politique parlementaire?
KM : J’ai eu la chance d’entrer dans l’appareil gouvernemental fédéral. Tout est tombé à point. Je me suis accordé une période de recul pour me reposer, me recentrer et réfléchir à la suite de mon parcours. Cette période s’est avérée relativement courte. La ministre Qualtrough m’a téléphoné pour savoir ce que je faisais. Elle m’a parlé de l’initiative fédérale concernant la Prestation canadienne pour les personnes handicapées et du fait qu’elle mettait sur pied une équipe pour faire avancer ce projet de loi. Durant son mandat à titre de ministre, j’ai travaillé étroitement avec elle pour faire cheminer le projet de loi sur la prestation d’invalidité dans les deux chambres, puis j’ai retroussé mes manches pour travailler à la création du programme avec notre équipe des politiques.
En un clin d’œil, quatre années se sont écoulées. Et le programme est là, opérationnel.
Dans le budget de l’an dernier, son allocation était de 6,2 milliards de dollars sur quatre ans. Je crois sincèrement que cela changera la vie des Canadiens en situation de handicap. Cela représente un réel progrès, mais il y a encore beaucoup de travail et de défense des droits à faire.
J’ai beaucoup appris en cours de route, en passant du rôle de la personne devant les caméras et les micros à celui du conseiller en matière de politiques œuvrant dans les coulisses. Le fait de me retrouver de l’autre côté du bureau a été une expérience vraiment éclairante. Pour moi, la courbe d’apprentissage a été incroyablement raide. J’ai dû passer du milieu relativement intime de la politique néo-écossaise, où je connaissais tout le monde par son prénom, à l’univers beaucoup plus vaste et plus complexe d’Ottawa, où des millions de dollars sont de la petite monnaie oubliée entre les coussins du canapé. Il y a beaucoup plus de couches de bureaucratie et les processus sont beaucoup plus complexes.
À l’approche de la retraite, j’ai eu l’occasion de boucler la boucle en me joignant à l’équipe de Praxis Spinal Cord Institute, afin de veiller à ce que les voix des personnes ayant une expérience vécue continuent d’être entendues et intégrées aux travaux de l’organisation, d’un océan à l’autre. Je me retrouve ainsi au début de la courbe d’apprentissage à bien des égards.
RPC : Merci beaucoup de nous avoir fait part de vos réflexions à ce sujet.
As a parliamentarian (and Speaker), Murphy worked on a variety of initiatives of importance to his constituents in Eastern Shore and Nova Scotians more broadly; however, he was always delighted when he found opportunities to raise awareness of disability issues and to celebrate the achievements of people with disabilities. Above: Murphy’s friendship with Canada’s Man-in-Motion Rick Hansen began after his debilitating injury as a teenager and continued through his time in the Assembly and beyond. Below: Murphy greets future Senator Chantal Petiticlerc at the Nova Scotia Assembly in her role as Chef de Mission for Canada’s 2016 Paralympic team.



